Coomment apprendre à décider ? test Sherpas

Et si on pouvait apprendre à décider ?

L’heure approche de choisir ton orientation (ou peut-être même de choisir de te réorienter ?), de construire un projet professionnel, de réfléchir à ton engagement avec ta petite copine, d’anticiper tes projets de voyage, de clarifier ton investissement dans les organisations qui te tiennent à cœur… Un peu comme on chasse un moustique du bras, tu as peut-être parfois repoussé ce moment fatidique de la décision. Pourtant, l’espiègle insecte finira bien par piquer.

Les choix sont multiples, protéiformes, et parfois anxiogènes, car ils posent toujours la question de l’après et des conséquences qu’ils engendrent.

Et si, finalement, on pouvait apprendre à décider plus simplement et sereinement ?

Sommaire

  1. Appréhender le processus de décision
  2. Trop d’infos tue l’info
  3. Prendre conscience de sa propre subjectivité
  4. Invoquer son intuition
  5. Accepter (et apprendre à aimer) l’imparfait
  6. Dédramatiser !
  7. Tâtonner !
  8. Utiliser des outils
  9. Faire accepter sa décision
  10. Gérer l’ « après »

 

1. Appréhender le processus de décision

Réfléchir à la meilleure façon de structurer la prise de décision impose d’être au clair avec la nature de cette démarche ! L’important est de bien comprendre de quoi il s’agit.

Il existe plusieurs façons de prendre sa décision :

  • Réfléchir en solo, en aboutissant à un choix bien personnel ;
  • Recourir au collectif, en discutant à plusieurs et en confrontant idées et points de vue ;
  • Convoquer de nombreuses données externes, pour disposer d’une base solide et non biaisée, difficile à remettre en question ;
  • Externaliser sa décision, que ce soit auprès d’un proche ou d’un professionnel ;
  • Faire comme tout le monde ;
  • Laisser le hasard faire ;
  • Ne pas décider.

Vous le sentez déjà, ce sentiment de rejet ? Vous êtes déjà en train de condamner une de ces façons de s’y prendre ? Par-fait !

Mais dans la pratique, nous avons tous recourt à toutes les formes de décision. En être conscient est un premier point, se familiariser avec les processus à l’œuvre pour décider (encore) mieux est une seconde belle avancée.

2. Trop d’infos tue l’info

Notre lien avec l’information est la première source d’erreur dans notre gestion du choix.

  • Tout d’abord, il faut veiller à ne pas subir un biais dans la sélection et dans le traitement de l’information. Commence par définir ce que tu recherches.
    « Quels sont les éléments qui interagissent avec le problème que je me pose ? »
    « Quels domaines seront touchés par mon choix ? »

Ces questions permettent de se tourner vers les informations directement pertinentes pour notre situation.

  • De plus, ce questionnement te permettra de limiter ton champ d’investigation. Face à une masse d’informations, on peut se trouver totalement désemparé. Phénomène grandissant, l’infobésité risque d’être une cruelle source d’efficacité pour décider.
  • Enfin, ne cherche pas à prendre trop de décisions en même temps. Inspirant, l’ancien Président américain Barack Obama confiait :

« Vous ne me verrez porter que des costumes bleus ou gris. Je m’efforce de limiter mes décisions. Je ne veux pas prendre de décisions sur ce que je vais manger ou porter parce que j’ai bien d’autres décisions à prendre. Vous devez concentrer votre énergie de prise de décision. Vous devez adopter des routines. »

Ainsi, bien que l’information constitue une source solide et objective, une décision sera d’autant mieux prise et plus efficace qu’elle a une vraie raison d’être et que l’on s’y consacre pleinement.

Apprendre a decider - Obama

3. Prendre conscience de sa propre subjectivité

Hélas ! Nous ne sommes pas des robots.

Nous sommes parasités par une myriade de sensations et de préjugés, résultats de notre construction sociale et de nos expériences personnelles. Au moment de prendre une décision et d’arbitrer entre les différentes solutions, ta subjectivité peut orienter tes préférences :

  • Par le biais de tes émotions. Tu réagis ainsi spontanément aux situations et aux options qui s’offrent à toi, et ce presque de manière physique.
  • Par le biais de tes expériences passées. Celles-ci ont façonné une certaine vision du monde qui t’est propre. Chacun son spectre, donc !

Ta subjectivité peut te jouer des tours à travers plusieurs biais :

  • Tes solutions préférées, ou l’automatisme de reproduire sans cesse les réponses avec lesquelles tu te sens le plus proche ;
  • L’engagement et l’escalade. C’est ce que l’on peut aussi appeler le biais d’autocomplaisance ou de confirmation: souvent, nous voyons dans les événements la confirmation de ce que nous pensons déjà. Nous détestons un candidat politique ? Dès que celui-ci prononcera un discours, nous nous focaliserons sur ces tics qui nous agacent et conforterons notre mauvaise opinion. Au contraire, nous nous ferons le fervent défenseur de notre chouchou, envers et contre tous.
  • L’influence sociale, et tout ce qui, dans notre construction personnelle, a participé aux verres de nos lunettes de la vie.

Conclusion : ta subjectivité fait partie de toi. Fais simplement en sorte qu’elle intervienne le plus tard possible dans ton processus mental de décision. Il est donc nécessaire de recourir à l’avis des autres, de rester en contact avec « le terrain » pour garder les pieds sur terre. Objectif : concilier tous les points de vue pour arbitrer au mieux.

4. Invoquer son intuition

Ô joie ! Nous ne sommes pas des robots.

L’afflux massif d’informations et la recherche de la meilleure décision poussent souvent à invoquer la raison pour faire un choix. Pourtant, ton intuition est un sixième sens. Il te faut apprendre à l’écouter et à lui faire confiance. Souvent, c’est l’intelligence de la situation qui fait toute la différence. Ta capacité à prendre en compte plusieurs paramètres à la fois te permettra d’aboutir à la meilleure décision ; c’est-à-dire celle qui répond le mieux à tes contraintes tout en te paraissant la plus acceptable au regard de tes valeurs et de tes priorités personnelles. Tu ne pourras accepter ta décision finale que si tu t’en sens proche.

S’il faut apprendre à se détacher de ses émotions pour ne pas être biaisé, l’intuition est aussi un très bon guide.

Apprendre à décider Mandela

Notons par ailleurs que l’appel à la seule raison est vain. C’est ce qu’expose Herbert Simon à travers la rationalité limitée.

[FOCUS] – La rationalité limitée

Herbert Simon part du principe qu’un individu est par nature rationnel. Pourtant, sa rationalité est limitée par sa propre capacité cognitive et par la disponibilité de l’information. Ainsi, lors d’un choix complexe, les acteurs cherchent à étudier l’ensemble des possibilités disponibles, mais n’y auront pas accès de manière objectivement exhaustive. En conséquence, ils vont généralement s’arrêter à la première option qui satisfait la situation, vu les contraintes de disponibilité de l’information, de temps raisonnable et le contexte d’incertitude.

Pour en savoir plus, tu peux aussi t’intéresser au concept d’heuristique du jugement, qui désigne les raccourcis cognitifs permettant de simplifier le schéma de décision selon les contraintes de l’environnement.

5. Accepter (et apprendre à aimer) l’imparfait

Eh oui : l’intuition a toute sa place, et la rationalité limitée des individus est éclairante.

En somme, il serait dérisoire de prétendre prendre des décisions uniquement sur la base de la raison. Ce serait pourtant bien pratique : pas risqué, pas discutable, facilement justifiable, confortable… Mais décider, n’est-ce pas « trancher » ? Pourrait-on encore parler de décision si la solution était évidente et incontestable ? La réponse est non. Pas d’incertitude, pas de choix à faire. Pas de choix, pas de décision.

C’est cela même qui peut paraître angoissant pour tous les indécis. Décider, c’est forcément prendre un risque. Tous les traders vous le confirmeront. Ensuite, chacun a sa propre aversion au risque. Quoi qu’il en soit, il vaut toujours mieux prendre une décision que de se figer dans l’immobilisme de l’indécision. Quel cruel mal humain, et ce depuis la nuit des temps. En témoignent de nombreux auteurs :

« Toute la vie de certains hommes se passe dans une éternelle indécision. »

Sénèque, De la tranquillité de l’âme (Ier siècle)

« Une erreur qui décide vaut mieux qu’une vérité incomplète qui laisse dans l’indécision. »

Francis Bacon, Essais (1597)

« L’indécision est la fièvre lente de l’âme, elle la consume et la tue. »

Aglaé Adanson, Pensées fugitives (1839)

« L’indécision en effet est une solitude. Vous n’avez même pas votre volonté avec vous. »

Victor Hugo, Les Contemplations (1856)

Pour te laisser avec ma citation favorite, je te propose l’auteur américain Zig Ziglar :

« La pire décision de toutes est celle que l’on n’a pas prise ».

À méditer…

6. Dédramatiser !

Tu me vois venir, après tout ce que je viens de te raconter. Désacralisons la décision ! N’ayons plus peur et dédramatisons. Notre chemin est semé de carrefours, qui ouvrent autant de chemins. Si tu bloques à la première intersection, comment continuer à avancer ?

Alors ne cherche pas à vouloir trop bien faire, accepte qu’il y aura une prochaine fois… et accepte l’erreur. Stop à l’angoisse et à l’immobilisme. Napoléon affirmait que « les batailles se perdent par indécision ou excès de prudence ». Et c’est plutôt un bon modèle en matière de prise de décision non ? Tant que tu restes intègre, fidèle à toi-même, aucune de tes décisions ne sera « mauvaise ». Et quand bien même tu ferais une erreur, celle-ci serait tout à fait acceptable.
Souviens-toi : décider, c’est être libre.

Apprendre à décider - l'aventure

7. Tâtonner !

Pour dédramatiser, rien de tel que de prendre conscience que tout n’est pas figé.

L’une des premières sources de l’angoisse du choix réside en son caractère binaire : décider, c’est agir. Dès lors, il y a un « avant » et un « après ». Cela paraît assez catégorique et sonne comme une sentence. Pourtant, tu as tout intérêt à tâtonner pour décider.

N’attends pas la dernière minute pour ta décision. A partir du moment où l’existence du choix se dessine, tu peux commencer à répertorier les différentes opportunités qui s’offrent à toi. Ensuite, tu peux les mettre à l’essai, ce qui te permettra de te réadapter et de ne pas être prisonnier d’un choix sans appel pressé par l’urgence.

Apprendre à décider - les questions

 

8. Utiliser des outils

Utiliser des outils, des méthodes : pourquoi pas ?

Certes, la décision n’est pas un processus automatique, sinon nous ne ferions face à aucun dilemme. Mais certains petits trucs peuvent aider et te permettre par ailleurs de prendre physiquement du recul, en laissant ton indécision sur un papier :

  • La carte mentale (traduction de l’anglais mind mapping pour désigner les cartes heuristiques que j’évoquais plus haut). Il s’agit d’une sorte de diagramme qui illustre les liens entre les idées et schématise la pensée. Bien pratique pour en suivre le cheminement et cerner l’importance relative des données et leur contexte d’apparition.
  • Le diagramme d’Ishikawa, développé en 1962 pour suivre la gestion de la qualité, représente graphiquement les causes aboutissant aux effets.
  • Dans le même esprit, les arbres des causes schématisent, après la survenance d’un événement indésirable, tous les faits pouvant en être à l’origine. Mais on peut inverser la logique et s’en servir pour anticiper !
  • Le diagramme de Pareto, qui est souvent utilisé en économie pour représenter l’importance des différentes causes sur un phénomène.
  • Les techniques de relaxation : pour apprendre à dédramatiser et gérer la phase de décision. Yoga, sophrologie, méditation : amis indécis, allez-y sans modération !

Toutefois – et je reviens sur mes propos quant au choix induit uniquement par la raison – les seuls outils sont impuissants à la bonne prise de décision. Demeure toujours une part d’incertitude qui imposera de trancher au moyen d’une subjectivité individuelle ou collective. À ce titre, les propos du Colonel Valentin Seiler, Chef de corps du 1er Régiment Étranger de Cavalerie, à l’occasion d’une Conférence sur la prise de décision dans l’incertitude (21 février 2017), sont éclairants :

« Même si les outils apportent une grande plus-value, la prise de décision ne pourra jamais totalement intervenir au terme d’un processus normé ou d’un calcul mathématique. Elle exige aussi de l’intuition, une capacité à saisir l’essence d’une situation dans toute sa complexité, ce qu’on appelle plus simplement le coup d’œil du chef. C’est la force des grands capitaines que d’être capables d’agir malgré l’incertitude et l’imprévu. »

Personne ne semble mieux placé qu’un militaire pour se prononcer sur la prise de décision dans l’incertitude après avoir mobilisé tous les outils à disposition…

9. Faire accepter sa décision

Tu as décidé ! Félicitations ! Tu as fait le plus dur, pourtant… si tu ne maîtrises pas la phase « annonce », tout peut s’effondrer.

Pour assurer le succès de ta décision, il faut la faire accepter :

  • Par toi-même : si tu ne te sens pas proche de ta décision, tu ne pourras pas l’accepter. Cela suppose donc que tu aies été le décisionnaire final, que la décision soit conforme à tes convictions ou, à défaut, qu’elle soit une solution de « moindre mal » (c’est l’option parmi toutes qui suscitera le moins de regrets).
  • Par les autres : ici, l’annonce est fondamentale. Elle peut avoir lieu par étapes, le lieu et le moment étant très importants. Les interlocuteurs que ton choix implique doivent pouvoir, s’ils en ont besoin, en cerner les motivations. Cela dépendra ensuite du type d’autorité que l’on te reconnaît et de ton comportement habituel.

Quoi qu’il en soit, une décision prise ne doit pas être remise en cause. Dans une logique de progrès, il faut s’adapter à ses conséquences et, éventuellement, prendre une nouvelle décision. Contester celle qui a déjà eu lieu ne permettra pourtant pas d’aller de l’avant. « Le passé est passé » (dixit la Reine des Neiges).

10. Gérer l’ « après »

À toi désormais de gérer les conséquences de ton choix. Tu es passé de la réflexion à l’action. En décidant, tu as sans doute entrevu les répercussions que cela aurait. Pourtant certaines conséquences, positives et négatives, surviennent de manière imprévue.

Ce sera alors l’occasion de poursuivre et de prendre de nouvelles décisions. Plus tu prendras des décisions, plus tu auras la chance de choisir à nouveau et d’agir sur tes orientations. C’est encore une fois angoissant mais c’est bien cela qui rend la vie humaine si excitante. Finalement, l’incertitude, c’est ce qui permet de sortir de l’immobilisme.

Pour conclure…

 

 

Curieux de conceptualiser la décision, pas vrai ? Pourtant, il s’agit d’un mécanisme passionnant, auquel nous sommes sans cesse confrontés. Pour preuve, essaie de te représenter mentalement toutes les choses que tu as décidées au cours de ta journée : ce que tu allais manger ce midi, l’heure à laquelle tu appellerais ton frère, le sujet de ta prochaine dissert, ton planning du weekend… De manière plus sérieuse, les choix sont d’autant plus durs à faire lorsqu’ils impliquent des conséquences profondes, que ce soit en s’ancrant sur un temps long, en aboutissant sur un renoncement fort, en ayant une incidence sur notre environnement proche… J’espère que ces petites clés te seront utiles pour la suite, en te souvenant bien que décider, ça a quelque chose de génial et que ça ne devrait pas autant nous faire peur.

Alors : je t’invite à faire des choix (… et à te tromper parfois) !

Et d’ailleurs… quel décideur es-tu ? Par ici pour faire le test !

Lucie

Etudiante et passionnée d’éducation, je rêve d’une école de demain performante et juste, qui donne les moyens à chacun de se réaliser. Avec les Sherpas, je fais ma petite part du colibri.

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