Montgolfière : le slow travel avec les sherpas

Slow Travel : retour à la case voyage

Réalité déconcertante, mais bien évidente : le temps n’a jamais autant régi le mode de vie d’une société. La cadence infernale impose sa loi jusque dans nos plaisirs et frappe en plein cœur nos vacances. Les jours de congé sont comptés tandis que la préparation est souvent bien compliquée, et pourtant nous cherchons toujours à assouvir notre boulimie aventurière, celle qui nous pousse à collectionner le plus de destinations possible – et exotiques s’il-vous-plaît !

De manière assez inattendue, une nouvelle tendance émerge et semble se faire une place au soleil depuis quelques années : celle du Slow Travel. Il s’agit de bouleverser nos vacances, en prenant le temps de la découverte, de l’échange et de la contemplation. Entre voyage intérieur et voyage au cœur du monde, nous sommes invités à déplanifier et à nous rendre disponible aux surprises du voyage.

Intriguant, n’est-ce pas ? On se demande s’il y a une bonne façon de faire ce fameux Slow Travel, s’il est bien réaliste au vu de nos contraintes, et au fond ce qu’on y gagnerait vraiment… Et puis au-delà de ces aspects pratiques, nous guette la question de l’expérience que l’on fait des moments vécus. À force de voyager partout, n’est-on pas allé nulle part ?

Paré(e) pour un tour d’horizon ?

La nécessité de changer les règles

Le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL, oui oui, ça existe !) définit les vacances comme suit :

« Période plus ou moins longue pendant laquelle une personne cesse toute activité professionnelle pour se reposer, se détendre »

On retrouve ainsi la notion de rupture associée à l’idée de faire une pause et de s’accorder un temps agréable.

Historiquement, les vacances émergent avec l’apparition des civilisations urbaines. Les premiers explorateurs britanniques partent vers le Nouveau Monde assouvir leur curiosité et leur besoin de découverte. Au XIXe siècle, les vacances touchent plus de monde et correspondent aux périodes durant lesquelles la bourgeoisie et l’aristocratie européennes quittent leur demeure principale pour rejoindre une résidence secondaire, souvent de longues semaines et en pleine nature. En France, elles ne deviennent un moment où l’on se déplace systématiquement qu’avec l’arrivée des premiers congés payés en 1936. Depuis, les vacances se sont massifiées et se structurent autour d’une véritable industrie. Nous avons désormais l’habitude d’en établir la définition uniquement par opposition au temps scolaire ou au temps de travail. Inévitablement, elles sont en partie constituées de contraintes et d’arbitrages : temps limité VS budget. En somme, elles impliquent une véritable anticipation (et de longues discussions) !

Résultat, les vacanciers se livrent à une véritable compétition aux visites les plus lointaines, aux destinations les plus nombreuses et aux activités les plus insolites. Les photos rapportées (ou les snaps envoyés) sont le champ de bataille des voyageurs, qui entretiennent cette dualité entre vacanciers et futurs vacanciers – ces derniers qui rendront bien la pareille une fois leur tour venu. À coups de filtres, le réel est magnifié et fantasmagorisé. Au point que l’on profite souvent moins de l’instant que de faire enrager ses petits camarades assis à leur bureau ! On fait donc tout sauf se détendre, et on ne parlera pas de ceux qui font des stocks d’images à poster en prévision de la rentrée, les fourbes !

Par manque de temps, on préfère enchaîner les visites, assimilant le guide de voyage à une check-list non négociable d’étapes à rallier et à immortaliser. Les tours operator l’ont bien compris et sont d’une efficacité redoutable pour maintenir le rythme, au prix d’un coûteux effort pour notre porte-monnaie. Mais en voulant marquer le coup, on préfère se donner les moyens pour parvenir à ces objectifs de route. Au final, aucune surprise n’est rendue possible, on passe par des endroits sur-fréquentés, on mange dans des restaurants aseptisés des spécialités occidentales (sérieusement, comment peut-on en arriver à manger un brunch œuf / bacon / cheddar au sommet du Machu Picchu ?!), et les rares éléments glanés sur la culture locale lors du retour en France se résument soit à des temps révolus (si on a écouté le guide polyglotte anglais-chinois-allemand-arabe du temple millénaire visité 3 jours plus tôt), soit aux quelques lignes introductives du guide parcourues dans l’avion.

Je suis dure ? Pourtant, je mets ma main à couper que vous avez déjà vécu au moins une expérience de la sorte. Alors, on teste notre solution ?

Ça donne envie de prendre le temps non ?

Le Slow Travel : quoi et pour quoi ?

 

SlowTravel Pour qui? Pourquoi? Philippines

Le « Slow Travel » émerge comme une véritable lame de fond. Dérivé du « Slow Movement », qui prône une rupture avec la culture d’instantanéité, il propose – à l’instar du « Slow Food » pour prendre le temps de manger mieux en savourant – de changer la temporalité du voyage.

« Ce n’est pas la destination mais la route qui compte »

Ce joli proverbe gitan résume ce sur quoi le Slow Travel insiste. En l’adoptant, nous nous rendons émotionnellement disponibles à accueillir les sensations du voyage. Que cela passe par des gestes sur lesquels on ne s’attarde pas forcément (un sourire, un regard échangé, un signe de nervosité que dégage notre voisin), par des mots, par des odeurs ou des bruits ; tout ce qui renvoie à nos sens et nous fait interagir avec le monde et les hommes nous (re)devient accessible. Quel cheminement riche et quelle façon de vivre les instants plus intensément ! Oublions ce qui musèle toute cette spontanéité… ou du moins planifions de ne pas planifier !

Concrètement…

  • Pour l’hébergement : Pourquoi ne pas dormir chez l’habitant ? C’est authentique, et les gens sont souvent charmants et accueillants : c’est une belle façon de découvrir la culture locale et même de rencontrer du monde. On se fait inviter à manger une bonne tambouille du coin, on glane des conseils et… on soulage son porte-monnaie.
  • Pour les transports : On privilégie les « slow » transports. Certes, ils sont incompatibles avec le « tout voir très vite » … mais de toute façon on avait dit qu’on arrêtait ! Alors vivent les trains qui nous offrent les paysages, les transports en commun (avec un peu de chance, les effusions d’odeurs vous feront aussi voir un peu du pays héhé) toujours avec les locaux, et puis la marche car rien n’a jamais été plus fiable. Si on cherche les bénéfices, on a encore une fois celui du coût,  en plus d’une méthode infaillible pour favoriser les rencontres, et en bonus, c’est écolo !
  • Pour l’alimentation : Pas de secret mais vous avez sans doute déjà deviné la suite. Évitez à tout prix les restaurants pour touristes, optez pour vous faire inviter si possible ou pour des enseignes qui ne paient pas forcément de mine mais proposent des plats régionaux. Un très bon indicateur est la fréquentation : si les gens du coin sont clients, et notamment les personnes âgées, vous allez probablement vous régaler. Faire les marchés est aussi une belle façon de mêler plaisir du terroir avec la découverte de la culture et des habitants de la ville que vous visitez. Bien sûr, faites attention à l’hygiène en fonction des destinations.
  • Pour la planification : Finalement, le Slow Travel est souvent un tourisme d’improvisation. Je conseillerais tout de même d’établir un calendrier global, réduit au strict minimum, pour se donner l’opportunité d’anticiper d’éventuels coûts de transports (notamment en cas de rotations irrégulières), et répartir astucieusement son temps pour voir une destination de manière homogène. Mais ensuite, inutile d’aller dans les détails, et mieux vaut en voir un peu moins pour toujours s’émerveiller du voyage ! Se laisser aller à l’imprévu promet bien des surprises et une rencontre peut parfois se transformer en guide hors des sentiers battus. Laissez-vous aller à la flânerie et à vos envies de l’instant, en conservant cette réceptivité à vos sensations. Si cette plage est si sympathique, autant en profiter encore un peu non ?
    slowtravel plage au matin

Vous l’avez compris, le Slow travel a de nombreux intérêts : C’est la façon de voyager la plus compatible avec le tourisme responsable. Qu’il s’agisse d’empreinte écologique (réduction de l’impact énergétique des transports choisis, rythme de consommation et type de confort), de démarche éthique et équitable (vous privilégiez le développement économique du pays et la préservation de ses ressources, naturelles et culturelles), ou même de tourisme solidaire, vous avez une façon de voyager alternative qui bénéficie à chacun tout en soulageant votre porte-monnaie. Enfin, et surtout, vous vous offrez un voyage serein et plein. Du Win-Win on vous dit !

Et matériellement, comment prendre ce temps ?

Nous l’évoquions précédemment, les vacances sont par nature éphémères. Pourtant, cela ne suffit pas à faire de vous un mauvais candidat au Slow Travel ! Le voyage lent, c’est avant tout privilégier la qualité à la quantité. En bref, si vous avez peu de temps, ne cherchez pas à boucler toutes les étapes d’un guide touristique mais concentrez-vous sur quelques villes, ou points clés, en passant plus d’une nuit dans chacun des endroits traversés, pour pleinement les apprécier. À ce propos, il n’y a pas besoin de partir loin pour s’adonner à ce genre de pause !

Enfin, pour les plus ambitieux, qui veulent expérimenter le slow travel au quotidien, pourquoi ne pas devenir Digital Nomad ? Autre tendance en pleine expansion, ce nouveau mode de vie repose dans la nature très flexible du travail, qui peut être pratiqué à tout endroit disposant d’une connexion internet et à des horaires très variables. Un travail de qualité en échange de la liberté de voyager et de s’ouvrir – lentement ? – au monde. Combo gagnant, non ?
Slow travel - roadtrip Philipines

Vers quelle destination te laisseras-tu porter pour goûter aux joies du Slow Travel ? Serais-tu capable de jouer la totale impro version « Rendez-vous en Terre Inconnue » à l’aéroport ? Un peu fou, mais si on osait ?

en vous souhaitant de belles aventures !

Lucie

Etudiante et passionnée d’éducation, je rêve d’une école de demain performante et juste, qui donne les moyens à chacun de se réaliser. Avec les Sherpas, je fais ma petite part du colibri.

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