Témoignage d'un coach en orientation par les sherpas

Le témoignage d’une Coach en orientation

Nathalie Moreau-Delage est Coach en orientation scolaire et professionnelle.

Diplômée de l’École Centrale de Lyon, Nathalie exerce depuis plus de 10 ans en entreprise ; une carrière au cours de laquelle elle s’interroge sur la performance individuelle et collective. Elle commence alors à accompagner des équipes dans leur travail puis se tourne progressivement vers l’accompagnement des jeunes. Elle se forme à la gestion mentale et s’intéresse aux façons d’être plus attentif, de mieux mémoriser, et de mieux apprendre. Aujourd’hui, son parcours en entreprise et sa connaissance de la vie scolaire lui permettent d’accompagner les jeunes dans leurs choix d’orientation.

Les Sherpas (L-S) :
Tu as fait le choix de te « ré-orienter » en te reconvertissant après une carrière en entreprise. En quoi consiste cette activité de coaching ?

 

Nathalie Moreau-Delage (N. M-D) :

J’ai travaillé plus de 10 ans en entreprise après mes études d’ingénieure. Je me suis tournée vers le coaching de manière logique, forte des chiffres et de l’analyse à laquelle j’avais accès, en m’interrogeant sur le monde du travail : qu’est-ce qui fait qu’en entreprise, des services entiers ont de bonnes performances et d’autres pas ? D’abord coach en entreprise, je me suis formée et me suis tournée progressivement vers l’accompagnement des jeunes. Mon travail est différent de celui des conseillers d’orientation. Ceux-ci ont accès à une grande base de données, l’information qu’ils détiennent est précieuse pour l’orientation mais elle reste clinique et objective. Moi, je suis plus dans la réflexion existentielle, le développement personnel. J’aide les jeunes à avoir accès à une sorte de connaissance globale.

Le coaching se déroule sur 5 à 7 séances et mobilise de nombreux outils ludiques. Je suis tous types de lycéens : des Secondes, comme des Terminales qui viennent me voir juste avant la clôture d’APB. C’est généralement la première fois que les jeunes s’interrogent sur leur avenir sans tenir compte de leurs parents, même si ce facteur social a une influence très forte – je rencontre d’ailleurs les familles au début et à la fin du coaching.

Au cours de l’accompagnement, je vais les amener à s’interroger sur eux et sur leurs motivations, en mobilisant le cerveau droit qui est celui de l’intuition et de la créativité ; par contraste avec le raisonnement logique du cerveau gauche. Faire travailler sur qui l’on est : c’est le plus important. Et pour ça, tous les outils sont permis !

 

L-S :
Comment procèdes-tu ? Comment les guides-tu dans leur décision ?

 

M.-D. :

Lorsque j’accompagne un jeune, la première question que je l’amène à se poser est la suivante : pour qui a-t-il fait ses choix ? Est-ce pour lui ? Pour ses parents ? Pour ses professeurs ? Pour faire plaisir à sa classe sociale ? A-t-il conscience de l’intervention de ces personnes dans ses choix ? Vous vous en doutez : certaines familles mettent plus ou moins de pression vers certaines directions, en condamnent d’autres. L’environnement influence fortement. Mon but est de faire accéder le jeune à un certain niveau de conscience, qui lui permettra de faire ses choix en connaissance de cause.

Coach en orientation - écris ton histoire

Ensuite, c’est très important de faire une double-démarche : le jeune doit se poser des questions à l’intérieur de lui, puis se tourner vers l’extérieur. C’est au cours de cette étape qu’il va se coller à la réalité et éviter les désillusions du passage du rêve à la réalité. Si l’on veut choisir et prendre les commandes de sa vie, il faut non seulement se connaître soi mais avoir également une connaissance du monde extérieur. Plus on a de connaissances, plus on est libre. J’invite le jeune à se constituer une base de données sur ce qui existe : les différentes études, les différents métiers, … Pour cela, rien de mieux que d’échanger avec des étudiants et travailleurs, d’aller aux portes ouvertes, de multiplier les échanges qui permettront d’appréhender la réalité.

S’il y a bien une chose à éviter, c’est de suivre l’orientation que quelqu’un d’autre nous pousse à choisir.

L-S :
Quelles sont les règles d’or d’une bonne orientation ? Y a-t-il des erreurs à éviter ?

 

M.-D. :

Si je devais donner un conseil, ce serait de bien réfléchir à ce que l’on veut pour soi, puis d’aller voir à l’extérieur si la réalité correspond à notre rêve.

S’il fallait une chose à éviter à tout prix, ce serait de suivre l’orientation que quelqu’un d’autre nous pousse à choisir. Quand quelqu’un nous donne un conseil, il ne parle pas de nous mais en réalité de lui-même. C’est bon d’écouter les conseils, mais il faut mettre de la distance et toujours avoir son propre avis. C’est nous qui savons mieux que quiconque la meilleure voie pour nous-mêmes. Mon travail est d’amener le jeune à accéder à cela, notamment après lui avoir fait comprendre les influences (pas forcément malveillantes) qu’il peut subir pour faire ses choix en pleine conscience.

Il peut être intéressant de chercher à quel(s) besoin(s) les intérêts renvoient. Un jour, un jeune m’a dit qu’il voulait « être racaille ». On est alors allés chercher à quoi cela correspondait : derrière « racaille », il y a les besoins de puissance, de valorisation, de reconnaissance. Chacun ses besoins : contact, analyse, compréhension du monde, apport de solutions…

L-S :
Chez Les Sherpas, nous accompagnons des élèves en classes préparatoires. Quels retours d’expérience peux-tu nous faire sur l’orientation en prépa ?

 

M.-D. :

Ce sont des jeunes bien particuliers, pour lesquels le facteur « parents » est relativement plus important que pour d’autres étudiants. En général, les alternatives pour ces élèves restent fortement ancrées dans tout ce qui touche au monde de l’entreprise, mais toujours dans l’excellence : Science Po, études de droit, écoles post-bac.

Beaucoup d’a priori gravitent autour de la prépa, dans un sens comme dans l’autre, véhiculés par de nombreux acteurs : copains, profs, famille, société… Je cherche à creuser cela avec les jeunes : quels messages leur ont été transmis ?

Ensuite, j’applique ma démarche classique, en veillant tout particulièrement à ce que le jeune se rende compte que c’est lui qui a « les commandes de l’avion » : il peut demander de l’aide autour de lui mais restera pilote de son appareil. Mon conseil en termes d’études, c’est d’aller vers là où il sera le mieux. La prépa, c’est difficile. Y trouvera-t-il son compte de satisfaction ? Cet effort est-il à son goût ? Ces questionnements sont fondamentaux et l’amène à prendre conscience de la responsabilité qu’il a. Certes on peut changer ensuite, mais cela demande tout de même beaucoup d’efforts.

Coach en orientation - préparer sa réorientation

L-S :
Justement : comment gérer la ré-orientation ? Faut-il appréhender la décision comme un choix définitif ou encourager à se remettre sans cesse en question ?

 

M.-D. :

L’orientation est un choix très important. De là à dire qu’il est irréversible : non ! Par contre, la prépa – comme les études de médecine – c’est uniquement tout de suite après le bac. Pour les jeunes qui hésitent, ça peut valoir le coup de faire une année de prépa pour se rendre compte et expérimenter.

Pour une réorientation, je travaille de manière différente. Le coaching part d’un « échec » car il y a une situation qui a posé problème (le jeune n’a pas réussi ou ne s’est pas senti bien). Mais il est plus mûr et il sait davantage ce qu’il ne veut pas. C’est un travail d’autant plus intéressant qu’on peut aller plus loin sur la connaissance de soi, en mobilisant d’autres outils. Le test de personnalité MBTI permet de se rendre compte qu’on a pu faire des choix en contradiction avec ses préférences, la typologie de Holland (ou test RIASEC) peut orienter sur les intérêts en termes de métiers selon le profil (R = réaliste, I = investigateur, A = artistique, S = social, E = entrepreneur, C = conventionnel). Je mobilise des cartes et des jeux plutôt que des questionnaires, car plus on est dans le jeu et plus on est à l’aise, donc mieux on arrive à décider.

Mon conseil, en termes d’études, c’est d’aller vers là où on sera le mieux. Toute notre relation au monde doit alors être satisfaite.

De manière générale, je nuancerais mes propos en vous soufflant de trouver un équilibre malin : s’épanouir et se poser les questions du bien-être, sans pour autant tout remettre en question sans cesse. S’épanouir, d’abord : il faut intégrer tout ce qu’on aime dans la vie en général. S’orienter en prépa doit se faire en accord avec ce qui nourrit le jeune, ce qui lui apporte du plaisir, de l’énergie. Sa relation au monde doit être satisfaite. Ne pas tout remettre en cause, ensuite : la prépa est un marathon et il faut continuer à avancer. En somme, il est simplement important de s’interroger régulièrement et avec une certaine distance de cette manière : « Qu’est-ce que je veux ? Est-ce que je suis suffisamment nourri ? Est-ce que je suis sur le bon chemin ? ». Finalement, ce sont des questions que l’on peut se poser toute la vie, même en début de retraite !

Je crois, moi, qu’un jeune réussit qu’en l’ayant vraiment choisi : c’est pour lui et pour personne d’autre. Il a conscience de ce qu’il attend, il est prêt… et il en a envie.

Coach en réorientation - regarder l'avenir

L-S :
Aurais-tu quelques « petits trucs » pour nous permettre à chacun de mener ce travail de questionnement sur nous-mêmes ?

 

M.-D. :

J’en ai des tonnes, et ça me passionne ! Comme je vous le disais, on progresse d’autant mieux par le jeu et il existe de nombreux outils. C’est ce que l’essayiste et conférencier Idriss Aberkane met en avant au cœur de ses travaux sur l’économie de la connaissance : plus on joue plus on apprend et plus on se pose les bonnes questions. Mobilisez les photos, les dessins, les mises en situation, l’imaginaire… tout ce qui peut booster votre cerveau droit, vous savez, celui de l’intuition et de la créativité :

  • Le photo langage : étalez devant vous des images et photos puis sélectionnez sans réfléchir celles qui vous plaisent et vous attirent le plus. Une fois le tri fait, vous aboutissez à une vision de ce qui est important. Réfléchissez : que disent ces images, comment peuvent-elles aider à faire des choix ?
  • Les qualités : demandez autour de vous quelles sont vos 20 principales qualités. C’est une démarche que chacun peut faire individuellement, même si elle ne nous semble pas évidente. En termes d’estime de soi, recevoir ces qualités est un apport considérable ! Ensuite, prenez un temps (forcez-vous à le bloquer !) pour dessiner ces qualités, construire quelque chose… n’importe quoi qui permet de les matérialiser et de vous les approprier.
  • Écoutez votre corps : il parle. Il parle même… beaucoup. Les maux viennent quand on n’a pas suffisamment mis de mot. Tentez de mettre le doigt sur les nœuds et les blocages qui vous enchaînent.

Nombreux sont les outils développés en cohérence avec les travaux de Jung, fondateur de la psychologie analytique. Pour le psychiatre suisse, on va souvent au début vers le plus facile ; puis en milieu de vie on a toutes ces crises existentielles liées à notre envie d’explorer nos zones d’ombre.

« La tâche la plus noble de l’individu est de devenir conscient de lui-même »
affirme-t-il. Qu’il s’agisse d’orientation, de ré-orientation, de petits conseils pratiques, je dirais que toute ma démarche de coaching œuvre en ce sens !

Merci beaucoup Nathalie ! Nous espérons que ce témoignage sera nourrissant pour les questionnements de chacun. Qu’il s’agisse de nos élèves… comme de nous-mêmes. Abonnés adeptes du test MBTI, les autres défis sont pour nous lancés : au sein de l’équipe des Sherpas, on s’est déjà donné pour mission de choisir nos images communes et de s’établir nos listes de qualités… à suivre !

Lucie

Etudiante et passionnée d’éducation, je rêve d’une école de demain performante et juste, qui donne les moyens à chacun de se réaliser. Avec les Sherpas, je fais ma petite part du colibri.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *