Passer de minor a major en prépa

La Bizuth – Comment je suis passé de Minor à Major (1/3).

Etienne, un des co-fondateurs des Sherpas, a profité de cet été pour vous raconter son parcours, et surtout sa spectaculaire remontée de minor à major durant sa prépa. Cet article peut t’être utile en Prépa HEC comme en Sup ou en Spé. Mais commençons par sa Bizuth !

 

Préambule

Cette série de 3 articles sur mes 3 années de prépa (Ma Bizuth, Ma Carrée, Ma Khûbe) raconte l’histoire de mes longues journées de travail, de mes nombreux essais, ponctuées de lectures compulsives de manuels en tous genres, de livres de productivité, le tout, agrémenté de pas mal de nuits blanches, de beaucoup (mais vraiment beaucoup) de doutes, de moment de joie, et de quelques pertes de nerfs. Ce voyage, c’est celui de ma prépa et des 3 années de combats pendant lesquelles je suis passé de minor… à Major. Je vais vous raconter comment, en essayant de décrypter pour vous ce que je faisais bien, ou mal.

Avant de commencer, je tenais à préciser que cette histoire est une histoire comme il en existe tant d’autres en prépa. Elle ne saurait être exhaustive, ni parfaite. Il s’agit de la succession de mes erreurs, de mes essais et de quelques bonnes idées. Loin de moi donc l’ambition d’ériger dans cette série d’articles un quelconque modèle à suivre à tout prix. Ta prépa sera faite de tes efforts, de ton travail, de tes fous rires et soirées à travailler tard…c’est d’abord ton aventure qu’il s’agit d’écrire, et je reste persuadé qu’il appartient à chacun de tracer sa route pour construire sa propre expérience.

Ceci dit, je me suis souvent rendu compte que l’on passait notre temps à réinventer la roue, tout en se prenant les pieds dans le tapis, alors que d’autres étaient passés avant nous et avaient fait les mêmes erreurs. Si mon histoire et les quelques leçons que j’ai pu en tirer peuvent t’être utiles, ce sera formidable !

Bonne Lecture,

Etienne.

 

Bienvenue au Pays des Bizuths.

 

J’avais 17 ans. Je sortais du Lycée pour intégrer une de ces fameuses classes prépa dont on m’avait tant parlé. Bon élève, je m’étais toujours reposé sur mes facilités. Je travaillais 45min par jour en moyenne en Terminale et j’étais systématiquement dans le premier tiers de la classe, parfois avec de bonnes surprises dans mes matières fortes. J’ai fini par obtenir le bac avec mention bien, il faut le dire, sans trop travailler. J’étais bon dans les matières littéraires, passionné par l’éco, pas très à l’aise en Maths, mais je me débrouillais. J’avais besoin de me sentir encadré en vivant un vrai challenge : la Prépa HEC s’est donc imposée comme la suite logique d’un parcours qui visait à me garder autant de portes ouvertes que possible ! Un bon dossier, une lettre de motivation pleine d’enthousiasme, et quelques mois plus tard, je faisais mon entrée dans ces classes si particulières.

J’étais empli de rêves et d’ambitions. Je voulais arriver à atteindre ces fameuses Parisiennes, ce saint Graal qui fascine tant. Lors de la journée d’intégration, les anciens de la prépa venaient d’intégrer de belles écoles : nous écoutions tous avec envie leurs conseils. Je me souviens spécifiquement d’un intégré à HEC qui me montrait ses 5 classeurs de Maths grâce auxquels il avait accroché un 19 en Maths II. Je me souviens aussi m’être demandé comment tout cela allait rentrer dans ma tête. En me rappelant ensuite que ces classeurs, ce n’était que les Maths !

C’était encore l’été, il faisait chaud, les profs avaient l’air brillants et très sérieux, tous disaient que les progrès arrivaient mécaniquement. C’était rassurant. Je me sentais prêt à soulever des montagnes, mais je ne savais pas trop comment utiliser cette belle énergie.

 

Bref, vous le sentez, je n’étais pas prêt. Un vrai Bizuth.

 

Le début de la Bizuth est marqué par 2 bons mois d’acclimatation, c’est un peu la « drôle de guerre » pour ceux qui ont fait de la Géopo, on attend le choc. Il met plus de temps que prévu à vraiment arriver, mais il arrive. Fin septembre, les premières mauvaises notes tombent, un premier 4, « un accident ». Puis un 3, « oups ! », une perf à 6 « ouuuuf », et pour finir une grosse taule à 0,5 « et merde ! ».

 

On se demande ce qui nous arrive, les notes s’enchaînent, mais semblent aléatoires. Une bonne performance peut très bien être suivie d’une catastrophe, et cela de manière inexplicable. On ne comprend pas les tenants et aboutissants de ces résultats, on se demande si on ne nous a pas enlevé notre cerveau pendant l’été, on a l’impression d’être devenu stupide. Enfin, on touche le fond, on enchaîne sale note sur sale note, on est complètement perdu.

 

En arrivant en prépa, j’avais pris de bonnes résolutions : en travaillant 35h par semaine, je pensais faire du volume, enfin, par rapport à mes 8h de travail hebdomadaire au lycée. Ces heures étaient en réalité peu efficaces et insuffisantes : il m’arrivait régulièrement de bloquer 2h sur un exercice, puis de faire une pause de 45 min, avant d’avancer seulement de 3 paragraphes sur mon cours de Maths. On ne peut pas dire que j’étais très efficace.

Je passais littéralement du temps assis à mon bureau pour me rassurer sans aucune efficacité, un véritable Don Quichotte… Rapidement, j’ai eu jusqu’à 4 chapitres de retard en Maths, la prof me disait de me battre, alors je me battais, mais en réalité, je commençais à sombrer.

Dans toutes les matières, je me trouvais confronté à un mur d’absence d’information : bien que peu efficace, j’étais plutôt volontaire, je voulais bien travailler, mais je ne connaissais pas clairement les attentes des correcteurs pour chaque épreuve, et je ne savais pas quoi faire d’utile pour avancer. Oui, mes professeurs nous avaient effectivement briefés dans les grandes lignes, mais entre dire vous faites « un plan en trois parties en CG », et expliquer la réalité de la construction d’un plan progressif, il y a un monde !

Ma prof de Maths corrigeait ses exercices en regardant simultanément la classe, sans regarder son tableau. Quand en dénombrement, on me parlait de k-boules, je pensais à Kaboul… Bref. J’étais minor en Maths. Et comme les emmerdes, ça vole toujours en escadrille (cc J.CHIRAC) j’étais aussi dernier en Allemand…

Pour éviter de sombrer, je travaillais mes Khôlles et DS au dernier moment. Cela déséquilibrait mes semaines qui finissaient par être uniquement affectées au travail de la matière de mon DS du samedi. Évidemment, chaque DS était source d’angoisse, je dormais mal, et peu. En février, il n’y avait pas d’amélioration notable.

Évidemment, tout cela était contre-productif au possible, démoralisant, et stupide dans l’optique de concours. Je travaillais au court-terme, je passais mon temps à monter une pierre le long de la colline pendant la journée, pour que celle-ci redescende toute seule le soir venu. Mais je passais du temps à mon bureau. Je me donnais bonne conscience, alors qu’en réalité je n’avais pas de système d’organisation qui me permettait d’abattre du boulot en quantité et qualité.

Assez rapidement, j’ai compris qu’étant sorti du Lycée sans véritable bagage, il fallait que j’apprenne à travailler intelligemment et mieux que les autres, si je voulais faire une Bizuth réussie. Un peu comme tout le monde, j’ai commencé à lire les nombreux livres de productivité disponibles pour appliquer pêle-mêle tous les conseils : en plus d’avoir le cerveau embrouillé de connaissances, j’ai rapidement eu la tête embuée de techniques bizarres, qu’il me fallait expérimenter.

J’ai fini par tout lire, et absolument tout tester. On le verra ensuite. C’est à partir de Mars que mes notes en Khôlles ont commencé à devenir moins aléatoires, et à un peu monter. Mais au début, les progrès n’étaient pas encore transcendants. On a touché le pompon lors d’une de mes Khôlles de Culture-Générale. À la place du « Suicide », tiré par mon prédécesseur, j’ai eu le droit à un formidable : « L’espoir fait-il vivre ? »…(sic).

 

Résultat des courses de cette Bizuth ?

En juin, j’étais toujours minor. 6 de moyenne générale, mais je continuais, grâce à un passage en carrée de justesse : mes profs voyaient que je me battais et voulaient m’encourager. J’étais heureux de voir arriver l’été, car j’avais malgré tout subi cette année. Les choses allaient prendre du temps, l’aventure allait donc se construire pas à pas, pierre par pierre. Il n’y aurait pas de miracle, et c’était très bien comme ça.

Petite analyse de ma Bizuth :

  1. J’arrivais clairement en Bizuth la fleur au fusil. J’ai mis du temps, trop de temps, à rentrer dans le bain. Au début, je m’aveugle moi-même, je pense que travailler pour travailler va porter des résultats, alors que ce n’est pas le cas. Même si cela semble évident, il ne suffit pas d’ouvrir un cahier pour que son contenu rentre seul dans la tête. Surtout, il faut vite réussir à passer la phase de découverte de la prépa. Plus on met du temps à s’y mettre, plus les chances de se faire distancer sont grandes. Il faut arriver à bien se donner dès début Octobre pour sortir de la phase d’adaptation avant Novembre.
  2. J’étais aussi mal organisé, j’allais dans tous les sens, et je manquais d’un cap et de méthodes. Se construire un planning est vraiment indispensable. Et surtout, il faut le tenir: c’est tout à fait possible. En arrivant en Bizuth, il faut vraiment partir du principe qu’on ne sait pas travailler. De là, apprendre des méthodes de travail efficaces est une excellente idée. Il est ensuite plus facile de se construire un système de travail, un cadre, qui permette d’être dans de l’exécution au quotidien, et de travailler pas à pas, intelligemment. Se voir progresser, c’est ultra-motivant !
  3. Surtout, c’est en Bizuth, qu’on forge son mental: j’ai ramé, mais je n’ai pas lâché, et j’ai appris à faire face à l’adversité. Ce gout de l’effort, cette volonté indéboulonnable de faire mieux, de se dépasser, cette rage de vaincre, cette soif de réussite, on l’acquiert dès le début de la prépa. C’est un atout formidable dont on profite ensuite tout le reste de sa vie.

Mais avant de profiter, tu te diras que cette Bizuth, ce n’était pas terrible…
Et tu auras raison ! Mais pour voir arriver les progrès, il faut bien faire des erreurs, et essayer, sans avoir peur de trébucher. Il te faudra donc passer en Carrée pour que cela paie. Et ça tombe bien, c’est le sujet du prochain article !

« Le succès consiste d’aller d’échecs en échecs sans perte d’enthousiasme » – Winston Churchill.

Etienne Porche

Ancien de Franklin & Commercia, élève à l'ESCP et cofondateur des Sherpas. Passé de minor à Major pendant ma prépa, trois 20/20 en ESH, je suis passionné par l'éducation et fan de méthodo. Je me bats tous les jours pour construire une éducation moderne et humaine pour tous !

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