Tour d’horizon de la concurrence en économie/ESH (classique, néoclassique, Schumpeter, Hayek…) 🔎

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La question de la concurrence n’est abordée qu’assez rarement de manière directe à l’écrit du concours, on pourra citer notamment le sujet ESCP 2017 (“Le bon fonctionnement du marché justifie-t-il l’intervention de l’État”) ESCP 2015 (“La concurrence est-elle le véritable moteur de la croissance”), ESCP 2006 (“La concentration industrielle est-elle un obstacle à la concurrence ?”) ou encore ESSEC 2011 (“Faut-il combattre les monopoles ?”, là c’est plus indirect).

On te l’accorde, ça peut tomber mais ce n’est pas un thème très fréquent. Pour autant, c’est une notion qu’on retrouve dans plein de chapitres du programme donc il est très utile de la maîtriser !

  • Le commerce international (la nouvelle théorie du CI avec Krugman, Brander, Helpman, Spencer, etc.)
  • Le rôle de l’État (la réglementation et la déréglementation des marchés)
  • Le développement avec le consensus de Washington (cf J. Williamson)
  • La firme (graphique du monopole, cartels, ententes)

Et très honnêtement, il n’y a pas 36000 théories sur le sujet. Allez, en avant ! 🚀

La concurrence selon les classiques 🙂

A. Les conditions de la concurrence naissent sous la plume d’Adam Smith 🖋

La concurrence c’est un concept un peu lointain: pour Mark Blaug (« La pensée économique », 1998), c’est dans les “Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations” (1776) d’Adam Smith que l’on retrouve la majorité des éléments qui constitueront, un siècle plus tard, la concurrence pure et parfaite telle que formalisée par Frank Knight.

Smith énonçait déjà quatre des principes de la CPP (atomicité, libre entrée et sortie, mobilité des facteurs de production, transparence de l’information). Il soulignait notamment qu’un offreur ne pouvait être price maker sous les conditions de la libre concurrence et que cette “libre concurrence” permettait l’allocation optimale des ressources, ce qui maximise le bien-être des individus.

B. C’est la libre concurrence qui permet d’obtenir une organisation harmonieuse de l’économie, c’est la “main invisible” de Smith 🖖

« En dirigeant cette industrie de manière à ce que son produit ait le plus de valeur possible, chaque individu ne pense qu’à son propre gain ; en cela, comme dans beaucoup d’autres cas, il est conduit par une main invisible à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions (…) Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but d’y travailler. »

Pour être bref, la « Main invisible », c’est la métaphore d’un marché fonctionnant parfaitement et elle fonctionne comme suit:

👉 Il y a une recherche de l’intérêt personnel (égoïsme) sous la pression de la concurrence
👉 En conséquence, les intérêts convergent
👉 On converge ainsi vers l’intérêt et le bien-être général
👉 Et c’est la main invisible qui réalise cette adéquation entre les intérêts personnels
👉 Simple as that !

Mais Smith n’a pas formalisé la CPP : il faudra attendre le début du XXe siècle avec les travaux de Frank Knight pour l’avoir, cette formalisation pure repose sur deux conditions:

  • Un prix unique pour chaque bien
  • Les offreurs et demandeurs de biens sont “price taker”

 

La CPP et sa formalisation par les néoclassiques (concurrence pure et parfaite) 📈

C’est Frank Knight (« Risk, Uncertainty and Profit », 1921) qui fait la première formalisation de la CPP, elle repose sur cinq conditions:

  • L’atomicité du marché : Tout un ensemble d’acheteurs et de vendeurs, et leur décision n’a pas d’influence sur les prix.
  • Homogénéité du produit : Toutes les entreprises proposent un produit similaire (caractéristiques, performances, image)
  • Libre entrée/sortie du marché : l’inexistence de barrières (réglementaire, géographique, technique, stratégique cf. ententes et cartels, etc.)
  • Mobilité des facteurs de production : Il y a une abondance des facteurs travail et capital, ils se dirigeront toujours vers les secteurs où ils seront le mieux rémunérés. Les entreprises peuvent donc changer librement d’activité, et ce changement d’activité est fonction du taux de profit (s’il est élevé, les entreprises vont se ramener vers le secteur en question, ce qui accroît la concurrence, etc..)
  • Transparence de l’information : L’information est disponible à tous en très bonne qualité (ex: composants, quantité, etc.), donc les agents (offreurs, demandeurs) ont tous une très bonne connaissance du marché.

Un marché respectant les hypothèses de la concurrence pure et parfaite permet à la collectivité d’atteindre simultanément un équilibre général et un optimum au sens de Pareto, c’est-à-dire la meilleure allocation des ressources possibles selon Walras (“Éléments d’économie politique pure”, 1874)

Graphique: le marché en CPP

graphique marché en cpp

Explication : Sur tout type de marché, il y aura une courbe d’Offre (Supply) croissance du prix et une courbe de Demande (Demand) décroissante du prix. La rencontre de ces deux courbes aboutit à un équilibre à condition que les prix soient flexibles et que les conditions de la CPP soient respectées.

Le parachèvement de cette théorie est réalisé avec les travaux de K. Arrow et G. Debreu (« Existence of an Equilibrium for a Competitive Economy », 1954) qui constituent la première démonstration moderne d’existence d’un équilibre général. Avec une l’hypothèse de CPP, et d’existence de marché pour tout type de bien, ils démontrent l’existence d’un mécanisme de prix égalisant simultanément offre et demande sur tous les marchés !

Mais attention ! Walras n’a jamais dit que son modèle était à suivre, la CPP et l’équilibre général c’est beau sur le papier mais c’est ça son problème: c’est trop théorique, dans la vie réelle on est jamais dans ce genre de situation. Walras le reconnaît lui-même, il dit d’ailleurs « un état idéal et non réel ; mais c’est l’état normal en ce sens que c’est celui vers lequel les choses tendent d’elles-mêmes sous le régime de la libre concurrence appliqué à la production comme à l’échange » Walras (« Théorie mathématique de la richesse sociale », 1883)

Il y a beaucoup de limites, on peut citer notamment:

  • Un équilibre peut se former sur un marché sans qu’il s’agisse d’un équilibre général, cela est lié à l’existence d’une rigidité (par exemple un prix qui reste bloqué), on parle dans ce cas d’un équilibre à prix fixe ou non-walrasien selon l’école du déséquilibre (Clower, Leijonhufvud)
  • Sur certains marchés, il peut y avoir une volatilité des prix telle qu’on ne peut arriver à une situation d’équilibre (l’offre et la demande varient beaucoup, il n’y a pas d’ajustements). C’est notamment le cas du marché des produits agricoles selon Ezekiel (« The Cobweb theorem », 1937-1938)

 

 

La concurrence est un processus dynamique 🧨

L’approche réaliste de Schumpeter (ou Schumpi pour les intimes 😂)

Schumpeter (« Capitalisme, Socialisme et Démocratie », 1942) considère davantage la concurrence en tant que processus qu’en tant qu’état, et ce processus est lié à la destruction créatrice. Ce processus est caractérisé par un changement constant des produits, et c’est ce changement continu qui permet le dynamisme économique

« Dans la réalité capitaliste, distinguée de son image dans les manuels, la seule concurrence qui compte ne porte pas sur les prix, mais sur les nouveaux produits, les nouvelles techniques, les nouvelles sources de matières premières, le nouveau type d’organisation – la concurrence qui explique la recherche d’un avantage décisif de coût ou de qualité et qui ne touche pas à la marge les profits et la production des firmes existantes mais leur fondation et leur suivie même. Ce type de concurrence est beaucoup plus efficace que l’autre (…) : c’est le puissant levier qui à long terme fait augmenter la production et baisser les prix. »

Joseph Schumpeter, “Capitalisme, socialisme et démocratie”, 1942

La concurrence est encore ici un processus dynamique qu’engendre la liberté d’entreprendre. L’approche de Schumpeter a inspiré de nombreux auteurs de la « nouvelle économie industrielle » (Baumol, Schmalensee, Dixit, etc…), en particulier Baumol et sa théorie des marchés contestables.

Pour Baumol, Panzar et Willig (“Contestable Markets and the Theory of Industry Structure”, 1982), s’il existe une concurrence potentielle (des entreprises peuvent entrer sur le marché et produire), cela pousse une firme installée en monopole sur le marché à se comporter comme si elle était en CPP. La condition d’une concurrence potentielle reste la seule libre-entrée et sortie sur le marché et qu’il n’y ait pas de coûts irrécupérables (« sunk costs »). L’équilibre du marché s’établit alors à un prix équivalent à celui de la CPP, car on a affaire à un monopole qui ne réalise pas de profit (comme toute firme en CPP), le monopole est dit alors contestable.

Graphique : Le monopole contestable

graphique monopole contestable

 

Explication : L’existence sur un marche d’un profit anormal P1P2A (monopole) amène des concurrents potentiels qui veulent se l’accaparer, la firme en est consciente et elle va donc diminuer son prix à P1 de manière à ce que le profit soit nul pour dissuader les entreprises d’entrer, elle se retrouve donc en situation de CPP (aucun profit)

L’approche Hayekienne 👍

Hayek (« The Use of Knowledge in Society » in American Economic Review, 1945) considère que les marchés sont caractérisés par une imperfection de l’information mais qu’ils restent le lieu où l’allocation des ressources sera la plus optimale. En effet, en supposant l’existence d’un système de prix libre (« free price system »), cela permettra la coordination économique des individus via les signaux-prix (« price signals ») que les prix transmettent.

En clair: le prix ça transmet une info (sa valeur, son utilité) et en fonction de son coût et de l’utilité que je peux en retirer, ça m’aide à évaluer la quantité dont j’ai besoin.

Ce système de prix « s’il est utilisé de manière appropriée, il incite chaque membre de la société, tout en recherchant son propre bénéfice, à faire ce qui est dans l’intérêt social général » (A.P. Lerner, 1944)

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Werner Hemery

Hello moi c’est Werner, ancien prépa HEC ECE et étudiant en 1A à l’Emlyon, j’ai une grosse passion pour l’athlétisme. Toujours content de partager mes conseils en ESH avec toi sur le blog des Sherpas !

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