Pour quoi travaillons nous ? Les sherpas

Happy at work : pour quoi travaillons-nous ?

Les tâches ou l’ambiance de travail : qu’est-ce qui motive vraiment ?

De la start-up à la multinationale, Salomé a tout testé. Pourtant elle n’est pas encore certaine d’avoir trouvé ce qui lui convient.

Et pour cause, elle s’est heurtée à des frustrations de natures différentes. Sur le rythme, d’abord : « Dans ma start-up, j’étais prisonnière de mon travail. Le cadre flexible qui m’y avait attirée m’a piégée et je ne faisais plus la différence entre le temps de travail et le temps pour moi. Au contraire, le rythme borné de l’entreprise et toutes les rigueurs administratives m’ont beaucoup pesée ». Sur les missions, ensuite : « En entreprise, tout correspondait beaucoup à ce que j’avais appris en école. La structure en place et tous les outils étaient prêts. Au contraire, le travail en start-up se faisait par tâtonnements et itérations, et peu de choses avaient été correctement formalisées avant mon arrivée, même si c’est aussi assez normal car tout était à inventer ! ». Sur l’ambiance de travail, enfin: « Si dans ma start-up, nous étions comme une bande de copains, je redoutais en entreprise le moment du repas où mon boss avalerait son escalope au lance-pierre et en silence, et où sa secrétaire monopoliserait la parole en racontant les exploits de ses « merveilleux » enfants (sic) ». Salomé peut encore compter sur de nouveaux stages d’ici la fin de ses études et compte bien en profiter. Mais forte du constat de ses frustrations, elle ne sait par où attaquer ses recherches.

Faut-il donner la priorité au contenu des missions, le cœur du métier ? Ou s’assurer d’un environnement de travail agréable qui permettra ensuite d’être performant ? Surtout, les deux sont-ils compatibles ?

Notons les entreprises !

Les interrogations de Salomé sont au cœur des préoccupations de la jeune génération de diplômés… et plus largement dans l’air du temps, si l’on en juge par la profusion des classements « Heureux au travail » et autres almanachs de l’entreprise la plus Bisounours. Great Place to Work, institut international qui promeut un bon cadre de travail, propose chaque année un classement des entreprises « où il fait bon travailler », selon leur taille (nombre de salariés). Le coût d’inscription au palmarès est payé par les entreprises candidates qui se voient ensuite soumettre deux enquêtes, dont une adressée exclusivement aux salariés. Dans le même esprit, le classement Happy at Work récompense chaque année les entreprises françaises. Outre ces classements, les employés s’interrogent. Les questions fusent : « Suis-je heureux dans mon travail ? Le bonheur au travail est-il une aspiration à laquelle je puisse prétendre ? » Ou de manière moins philosophique, « Qu’est-ce qui me plaît, qu’est-ce qui me pèse ? ». Les réponses sont complexes, au point qu’il est difficile d’affirmer catégoriquement qu’on est pleinement épanoui ou pas. Pas fous, les salariés : chacun sait que changer de poste pour lever une frustration revient souvent à renoncer à d’autres avantages précédemment acquis. !

Infographie great Places to work

Du contrat de travail à l’adhésion à la culture d’entreprise : une relation clé

Qu’est-ce qui compte finalement ? De plus en plus de jeunes modifient leur façon de rechercher du travail. Avant de rechercher un poste en Finance ou en Marketing, ils font un premier tri sur la taille de l’entreprise ou sur son secteur d’activité. Pour les emplois dans les bureaux, cette stratégie est nouvelle et pas si ridicule. Certes, il ne suffit pas d’être un consommateur ravi d’une marque pour débouler plein d’entrain devant son DRH. Ce n’est pas parce que vous raffolez du Nutella que Madame Irma-Pôle-Emploi vous enjoindra de travailler chez Ferrero. Et être salarié de Heineken ne nécessite pas d’être un buveur assidu. N’empêche que ça aide d’aimer tout ça ! Une marque de cosmétique bio sera bien plus performante avec des salariés (euh… salariées ?) acquis aux causes du bien-être et de l’écologie, même si elles sont au contrôle de gestion. Le lien qui se tisse entre un employé et une société est très important. La fierté au travail est clé, et en devenant ambassadeur de son entreprise, un salarié booste tant les performances de son travail que la satisfaction qu’il en retire.

Pourtant, cela ne fait pas tout. Le risque est alors de se diriger vers les groupes dont l’image paraît positive. Il faut néanmoins porter une attention accrue aux missions qui sont proposées. Le contenu correspond-il à ma formation ? Va-t-il suffisamment me stimuler ? me permettra-t-il de progresser, d’évoluer comme je le souhaite ? Au fond, est-ce tout simplement ce que je cherche ?

Le Ying et le Yang des organisations

Que conseiller à Salomé ? Oui, un job en start-up est à double-tranchant. Dans certains cas, on peut avoir l’illusion d’une flexibilité parfaite et s’enfermer dans un rythme de travail sans limites formalisées. Que penser des start-ups qui proposent Mario Kart à la pause déjeuner, réunions dans des poufs top confort et afterworks tous les soirs ? On peut y voir une façon de ne jamais sortir de la sphère de travail. Fatigué ? Tu n’as qu’à faire une sieste dans la salle détente ! Sauf qu’au lieu de rentrer chez toi profiter de ta colloc et d’une bonne soirée TV en pyjama, tu risques tout de même de prolonger devant l’ordi.

En même temps, ta colloc finit à heure fixe à 18h30, mais elle te saute dessus dès que tu rentres parce qu’elle n’a adressé la parole à personne de la journée (sauf si la photocopieuse et le forum excel-pour-les-nuls, ça compte). Et puis, se sentir intégré dans une petite équipe dynamique, mobilisée dans le seul but commun de faire grandir un projet, c’est tout de même très excitant !  Ce cadre de travail est propice (parfois) au travail à distance (tu connais le concept de « Digital Nomad » ?) et à la flexibilisation des horaires. Mis en confiance au sein d’une équipe, on saute les codes et on va directement au cœur du travail, en osant donner son avis et en participant à des tâches très diverses, et puis surtout, pas de politique au bureau ! Dilemme dilemme…

Passons au procès de la grande entreprise. D’un côté, Messieurs les jurés, la méchante société dépersonnalise, empêche le travailleur de prendre des initiatives, est lourde en process. Appelons le témoin à la barre : il nuance toutefois, se dit ravi d’avoir un patron et des consignes claires, un emploi du temps qui lui permet ses séances hebdomadaires de karaté et de yoga, des perspectives d’évolution alléchantes tout au long de sa carrière, un CV solide et une formation complète.

Chez Les Sherpas, nous sommes bien placés pour faire l’éloge des start-ups. Notre équipe est composée de jeunes très différents et chacun a trouvé sa place. L’organisation est une véritable réussite, et même la clé de notre succès ! En fait, l’important est de bien avoir en tête que les cas isolés de déception avec les start-up peuvent être dû à 3 facteurs :

  • Le reste de l’équipe, avec sa somme d’individus et sa façon d’interagir
  • La culture d’entreprise, qui dépend également beaucoup de la taille de la start-up
  • La personnalité, certains sont faits pour être entrepreneurs, d’autres absolument pas.. et tant mieux !

Changeons plutôt de perspective !

Nous venons de retracer tout ce qu’il y a de plus manichéen dans le choix de l’employeur. Et si nous ne nous y prenions pas correctement ? A comparer systématiquement petite start-up dynamique et grosse entreprise ruminante, ne sommes-nous pas en train de créer les conditions de notre propre mal-être – ou bien-être – au travail ?

Être heureux au boulot passe avant tout par l’image que nous nous construisons nous-même de ce que nous réalisons. Pourquoi diaboliser les grands groupes qui pourraient nous épanouir, même si nous n’y changeons pas la face de la société ? Au contraire, pourquoi idéaliser une organisation avant même d’y avoir mis les pieds ? En réalité, le plus important est de se poser les bonnes questions, qui ne sont pas forcément celles que le monde nous intime de nous poser. Et de se soustraire aux réponses logiques, en s’interrogeant réellement sur soi.

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Il existe des dizaines de facteurs qui rentrent en compte et pèsent différemment pour chacun, et c’est plutôt une bonne nouvelle. Il faut de tout pour faire un monde !  A tous ceux qui, comme Salomé, sont en phase de recherche, je n’aurai qu’une chose à souhaiter : osez chercher le job qui vous donnera les moyens de vous réaliser pleinement et vivez une vie qui vous ressemble.

Comme le résume si bien Robert Levering, cofondateur de Great Place to Work,

« Une entreprise où il fait bon travailler est un lieu où vous faites confiance à vos dirigeants, vous êtes fier de votre travail et vous appréciez vos collègues. »

Jackpot !

De mon côté, je me plais en Start-up ! Et vous ? 🙂

William Mievre

Elève à l'ESCP et co-fondateur des Sherpas, j'ai donné des centaines d'heures de cours particuliers à des étudiants en prépa et au lycée. Après avoir transmis mes connaissances pendant plusieurs années, j'écris désormais sur le Blog des Sherpas pour donner conseils et méthodes aux étudiants afin qu'ils réussissent leurs études. Au plaisir !

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