La Khûbe

La Khûbe – Comment je suis passé de Minor à Major (3/3).

Etienne, un des cofondateurs des Sherpas, a profité de cet été pour vous raconter son parcours, et surtout sa spectaculaire remontée de minor à major durant sa prépa. Cet article porte sur sa Khûbe en Prépa HEC, mais il peut aussi t’être utile si tu es en Sup ou en Spé ! La prépa reste la prépa !?

 

Préambule

Si tu as déjà lu ce petit préambule dans un des autres articles de cette série (La Bizuth ou la Carrée), n’hésite pas à le passer.

Cette série de 3 articles sur mes 3 années de prépa (Ma Bizuth, Ma Carré, Ma Khûbe) raconte l’histoire de mes longues journées de travail, de mes nombreux essais, ponctuées de lectures compulsives de manuels en tous genres, de livres de productivité, le tout, agrémenté de pas mal de nuits blanches, de beaucoup (mais vraiment beaucoup) de doutes, de moment de joie, et de quelques pertes de nerfs. Ce voyage, c’est celui de ma prépa et des 3 années de combats pendant lesquelles je suis passé de minor… à Major. Je vais vous raconter comment, en essayant de décrypter pour vous ce que je faisais bien, ou mal.

Avant de commencer, je tenais à préciser que cette histoire est une histoire comme il en existe tant d’autres en prépa. Elle ne saurait être exhaustive, ni parfaite. Il s’agit de la succession de mes erreurs, de mes essais et de quelques bonnes idées. Loin de moi donc l’ambition d’ériger un quelconque modèle à suivre à tout prix. Ta prépa sera faite de tes efforts, de ton travail, de tes fous rires et soirées à travailler tard… c’est d’abord ton aventure qu’il s’agit d’écrire, et je reste persuadé qu’il appartient à chacun de tracer sa route pour construire sa propre expérience.

Ceci dit, je me suis souvent rendu compte que l’on passait notre temps à réinventer la roue, tout en se prenant les pieds dans le tapis, alors que d’autres étaient passés avant nous et avaient fait les mêmes erreurs. Si mon histoire et les quelques leçons que j’ai pu en tirer peuvent t’être utiles, ce sera formidable !

Bonne Lecture,

Etienne.

 

III. Faut-il Khûber ?

 

On était en Juillet, je revenais de très loin, après avoir minoré pendant un an et demi, j’étais admis à l’EMLyon, tout le monde me félicitait (mes parents ont poussé un gros ouf de soulagement). L’EM est une école exceptionnelle, je savais que je voulais faire de l’entrepreneuriat, c’était parfait. Mais en même temps, je ressentais un fort besoin de me prouver des choses, et paradoxalement, plus les jours passaient, moins j’étais content. J’avais envie de Khûber.

Alors, je me suis renseigné, et pour une fois… je n’ai pas foncé tête baissée !
Je ne pouvais pas prendre la décision à la légère. Est-ce que cela pouvait valoir le coup dans mon cas ? J’ai pris le temps de la réflexion. J’ai interrogé d’anciens Khûbes, aux expériences fructueuses, comme aux échecs cuisants. J’ai sollicité mes professeurs, mais aussi des pros du recrutement pour leur demander s’il y avait une vraie différence entre l’EML et une Parisienne comme l’ESCP. J’ai repris mes notes de prépas, mes relevés de notes de concours… Et vu mon profil, cela pouvait être cohérent.

Attention : je ne dis pas du tout que Khûber est une bonne stratégie dans l’absolu.
Il n’y a pas de bonne réponse, tout dépend de ton profil, de qui tu es, de tes forces et de tes faiblesses, de ton mental, et de ta capacité de progression. C’est un choix qui se murit, en connaissance de cause, et qui t’appartient, à toi et à toi seul(e).

Dans mon cas, c’était un pari qui avait toutes les chances d’être gagnant : mes méthodes et techniques de productivité avaient payé, j’avais un bon 13 de moyenne dans toutes les épreuves du concours sauf en Maths, où j’étais à peu près à 10. Avec quelques accidents toutefois.

Je me suis dit qu’avec une année de plus, je pourrai encore me renforcer en langues, idem en CG ou j’avais compris comment disserter. J’aimais beaucoup l’ESH, si j’avais eu un 9, un 14 et un 17 à la BCE, j’avais eu 20/20 aux Écricomes. Il y avait de la marge de progrès, tout était possible. Restaient les Maths. J’avais toujours été nul, mais je sentais que j’avais passé un cap : j’avais eu 12,5 en Maths II, ce qui était un miracle sachant que je n’avais jamais eu plus que 4 dans ce type d’épreuve dans ma prépa.

C’est l’argument qui l’a emporté : j’ai cubé à cause des Maths. Je voulais me prouver que je n’étais pas plus bête qu’un autre, et qu’en bossant, je pourrais passer la barre des 14. Je ne voulais pas me réveiller à 30 ans, en me disant, « et si j’avais pris cette année de plus ? ». Je ne voulais pas avoir de regrets.

J’ai envoyé mes dossiers, j’ai été accepté dans plusieurs prépas, j’ai choisi celui qui avait le plus une dimension familiale, je voulais être davantage soutenu que dans mon ancien établissement, pourtant mieux classé mais bien moins chaleureux.

En Septembre, j’étais de nouveau face à mon bureau. J’avais faim et des choses à me prouver. C’était le bon choix, mais je ne le savais pas encore. Je commençais une Khûbe.

« Above all, try something. »
– Franklin Delano Roosevelt.

 

IV. L’âge d’or de la Khûbe.

 

Avant de m’y remettre, j’ai pris le temps de tirer toutes les leçons de mes deux premières années de classes préparatoires. J’ai pris le temps de me demander comment je pouvais encore progresser. Après tout, même si j’avais déjà gravi de belles marches, je cubais. Il y avait donc beaucoup à améliorer, beaucoup à faire.

Pour commencer, la Khûbe (ou la Cube), c’est douloureux. Tous mes amis ou presque avaient intégré, avoir de leurs nouvelles et les voir s’épanouir en école était franchement pesant quand j’étais encore bloqué devant mes cahiers, avec une pénible impression de faire du surplace. Il fallait faire avec, et ne pas se lamenter. J’étais là par choix. Rassure-toi, oui, ces doutes, cette peur de faire pareil, ou pire, moins bien que l’an passé est partagée par tous les Khûbes. Cela crée aussi une urgence, et une nécessité de tendre vers la perfection. Et c’est ce dont tu as besoin. Ensuite, la seule façon de se rassurer, c’est de se voir avancer au quotidien.

 

Gérer l’effort, ne rien laisser au hasard.

 

La prépa est un marathon, mais en Khûbe, on s’apprête à courir à nouveau la phase de sprint. Comme on est forcément moins frais, il ne faut pas se faire un claquage (i.e un petit burnout des familles), au risque d’exploser en vol juste avant les concours.

Avec cette Khûbe, j’ai encore mieux géré mon effort. De matière contre-intuitive, je me suis autorisé quelques moments de détentes supplémentaires dans la semaine, comme un épisode de série en soirée de temps en temps, ou une sortie plus longue le samedi. Je savais que j’avais maintenant assez de recul sur moi-même et sur mon travail pour m’autoriser ce type de récompenses, car j’étais devenu suffisamment honnête et lucide pour ne pas tricher avec moi-même. J’en aurai été encore incapable au milieu de ma Carrée.

J’ai surtout continué à affiner scientifiquement les méthodes et le système de travail que j’avais commencé à mettre au point. La bonne nouvelle, c’est que j’avais beaucoup de matière à disposition. Tous mes anciens DS, les retours de mes professeurs, et mes propres analyses, grâce à mon système de gestion des erreurs évoqué plus haut. J’ai donc pris le temps de vérifier certaines intuitions, de corroborer certains doutes, et d’infirmer quelques idées reçues. Comme si j’étais ma propre écurie de Formule 1, je faisais mes réglages, et me servait des DS et des retours de mes nouveaux professeurs pour les améliorer.

Chaque matière avait sa méthode, les process étaient bien rodés, je me voyais avancer pas à pas. J’ai commencé l’année en m’attaquant à toutes mes anciennes lacunes, pour ensuite pouvoir aller encore plus loin. Ensuite, j’ai pu approfondir, prendre le temps de m’attaquer à tous les pans que je savais encore fragiles.

Surtout, je me suis autorisé à travailler au long-terme. J’ai fait ce que j’aurais dû faire dès le début de ma prépa, à savoir travailler uniquement pour moi-même. Je n’avais plus rien à faire de la khôlle ou du DS à venir, c’était intégré dans mon planning, qui était équilibré, je le suivais à la lettre. Quand c’était l’heure de travailler, j’étais à fond. Quand c’était le moment de se reposer et de lever le pied, j’étais aussi à fond !

 

Pendant ma Khube, j’ai continué à monter en puissance à vitesse grand V.

 

Je majorais systématiquement partout sauf en Maths (on ne se refait pas). C’est là le grand avantage de la Khûbe. On a plus de recul, on connaît déjà le programme, et à temps de travail égal, on est plus efficace.

Mais surtout, je prenais enfin du plaisir !

J’étais dans un établissement un peu moins bien classé qu’avant, le niveau d’ensemble était plus disparate, mais cela ressemblait davantage aux concours, et surtout mes professeurs étaient tout aussi compétents et exigeants. Tout cela combiné m’a aidé à reconstruire ma confiance en moi, qui avait été logiquement fragilisée par mes mauvais résultats. Je m’autorisais de nouveau à être curieux, et moins normé dans mes réflexions. J’essayais toujours de faire cet « extra mile » qui fait la différence en épreuve, car je savais que je pouvais m’autoriser quelques explorations. Je n’avais plus fait cela depuis la terminale. J’étais officiellement de nouveau moi-même, c’était formidable, et c’est certainement ce que je suis venu chercher en Khûbant.

 

Note à soi-même : ne jamais s’enflammer…et garder les pieds sur terre.

 

Et c’est là que le bât blesse à nouveau. Je me suis certainement vu un peu trop beau, un peu trop vite. Quand vous êtes Major, la situation est ubuesque. Je suis passé du Minor pestiféré (tout le monde vous pense débile…) à la situation du demi-dieu de la prépa (ce qui est encore plus stupide…), à qui tout le monde réclame sa copie et pose des questions, tandis que le directeur de l’établissement vous regarde comme la poule aux œufs d’or, en attendant qu’on fasse ses stats pour intégrer HEC. Même si on essaie de s’en préserver, il est facile de se sentir inatteignable, et c’est aussi une belle erreur : ce sont des Concours, rien n’est écrit à l’avance.

 

Heureusement, j’ai été sauvé par « ma deuxième de classe ».

 

La phrase précédente peut sembler ridicule, et c’est certainement des « problèmes de riches » que seul un Major peut avoir, mais je vous rappelle d’où je viens, j’étais un bon Minor quelques mois auparavant, et gratiné s’il vous plaît ?

Revenons à nos moutons : j’avais donc une très sérieuse compétitrice. Un véritable monstre en Mathématiques. Vous savez ces gens terrifiants qui plantent un 20/20 systématiquement dans le plus grand des calmes. À force de boulot, j’étais heureusement devenu très homogène sur toutes mes matières, je restais donc devant au classement général, même si je me faisais toujours afficher en Maths. (Au moins je ne minorais plus !). Cette saine, mais rude compétition (on a révisé nos oraux ensemble à la fin de l’année ) m’a obligé à garder la tête sur les épaules. Je savais que si je me relâchais, elle risquait de me passer devant. Je cherchais donc avant chaque DS comment j’allais pouvoir me différencier, car je savais qu’elle faisait de même ! Créer une émulation de ce type avec des amis est un formidable outil pour réussir, car la réciproque était aussi vraie de son côté ! (Merci encore pour tout si tu me lis, tu te reconnaitras ! ?)

 

Force est de constater qu’on n’est jamais inatteignable, même après une Khûbe.

 

Autant faire de son mieux pour rester humble.

Pour la petite anecdote, je n’étais pas passé de l’année en dessous de 17 en Khôlle d’ESH. Je me savais plutôt solide, à juste titre, puisqu’après les résultats d’admissibilités, je savais que j’avais planté au moins un 20/20 aux écrits en éco, grâce à mes notes vues sur les résultats de Grenoble. Pour l’avant-dernière colle de l’année avant mes oraux à l’ESCP, je suis tombé sur les Cycles. Chapitre que je détestais. Les oraux étaient publics, et forcément j’étais attendu au tournant par toute la prépa. Je n’étais pas bien préparé. J’ai bafouillé, ma démonstration était mauvaise. Je me suis tapé un 8 plus que mérité, et un rappel salutaire. Je suis sorti furieux contre moi-même. J’en ai tiré les leçons : le lendemain, je maitrisais parfaitement le chapitre sur lequel je venais d’échouer, et deux jours après je reprenais un bon vieux 19 à l’oral.

J’ai fini par intégrer mon objectif, l’ESCP !

Photo de l'ESCP
On est si bien à la SCEP sidi !

 
Toutes ces aventures mises bout à bout m’ont permis de comprendre l’essentiel. Le sens de ce parcours initiatique et humain qu’est la prépa. Ces études forgent et façonnent, elles apprennent la rigueur, l’audace, mais elles ont surtout la plus belle des conclusions : notre adversaire, notre pire ennemi, c’est toujours nous-mêmes, et non les autres. Et cela peut s’étendre bien au-delà des études.
 
 

C’est l’heure du Bilan !

 

Si vous ne deviez retenir que 5 choses de tout ce que j’ai pu raconter dans cette série d’articles, alors, ce doit-être celles-ci : c’est ce qui nous inspire tous les jours chez Les Sherpas.

1 – Avec du Travail tout est possible.
Ne laissez-personne vous dire que vous n’y arriverez pas. Votre unique ennemi, c’est vous-même.
 
2 – Tout n’est que Méthode.
Il faut apprendre à travailler intelligemment. À faire du volume, mais aussi de la qualité, en se demandant toujours pourquoi on fait les choses. Entre mon arrivée en Bizuth et ma sortie en Khûbe, j’ai mesuré que mes journées étaient 6 fois plus efficaces. Oui, vous m’avez bien lu : en une semaine de Khûbe, je faisais le boulot d’un mois et demi de Bizuth. J’utilise toujours aujourd’hui 90% des méthodes que j’ai découvert en prépa.
 
3- Mais aussi du Mental.
C’est dur. Ce sera dur. À tous moments, il est possible de se prendre les pieds dans le tapis. Cela incite donc à rester humble, à être conscient de ses propres limites. À cela, il n’y a qu’une réponse : du travail, aussi intelligent que possible.
 
4 – Entourez-vous.
N’hésitez pas à demander de l’aide, très souvent les gens acceptent volontiers de donner un coup de main. Les succès sont bien plus savoureux lorsqu’ils sont partagés. Souvent l’autre est décisif pour débloquer une situation et nous faire avancer.
 
5 – Construisez votre équilibre.
Célébrez les victoires, même les petites, c’est elles qui permettent d’avancer, bien plus vite et bien plus régulièrement que les grands succès. Passez du temps avec ceux qui comptent pour vous, concentrez-vous sur l’essentiel, et oubliez le reste. Cela n’a que peu d’importance. La vie est vraiment un jeu, have fun et soyez heureux, c’est très sérieux !

Etienne Porche

Ancien de Franklin & Commercia, élève à l'ESCP et cofondateur des Sherpas. Passé de minor à Major pendant ma prépa, trois 20/20 en ESH, je suis passionné par l'éducation et fan de méthodo. Je me bats tous les jours pour construire une éducation moderne et humaine pour tous !

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