une école au Bénin

Une matinée dans une école Béninoise

De passage dans la deuxième ville du Bénin, j’ai eu la chance de partager le quotidien d’une communauté béninoise, la mentalité locale sachant ravir tout voyageur curieux et désireux de partager des bouts de vie. Porto Novo, la bien nommée ville rouge béninoise, conserve les vestiges de son architecture d’influence brésilienne, marquée par le retour des anciens esclaves affranchis au pays. A l’image des autres villes de la sous-région, elle s’étend en une multitude de quartiers qui se distinguent pourtant bien des zones urbaines que nous connaissons. Les routes, rectilignes, sont le cœur de la vie : on y trouve des marchands en tout genre sur leurs bords. Les produits d’épicerie sont basiques, l’essence souvent frelatée vient du Nigeria voisin, mais on tombe toujours sur de larges sourires, par exemple à la sortie des nombreux salons de coiffure. Dès que l’on quitte la route, les habitations se dévoilent au détour de chemins en terre battue, sans éclairage, et dans lesquelles des familles entières cohabitent. C’est dans un de ces quartiers de Porto Novo que j’ai eu la chance de me faire inviter le mois dernier. Logeant dans un bâtiment attelant à une église, j’ai pu accompagner enfants et enseignants dans la petite école au sein de la paroisse.

 

Ecole Benin Porto Novo

Je vous livre ce petit récit de ma matinée à l’école. J’ai passé de nombreuses journées au sein de cette communauté de paroisse et aurais bien d’autres choses à raconter, que ce soit sur la ville, la vie et son rythme, les rapports entre les hommes, entre les générations, le rapport au temps, au travail, à l’argent, à la religion, les joies et les préoccupations. Ce témoignage ne se veut absolument pas dénonciateur et est dénué de tout jugement : il n’est pas de mon ressort de mettre en compétition les systèmes scolaires quant à leur efficacité et leur qualité. En toute humilité, j’ai simplement tenté de décrire ce qui m’avait le plus étonnée, différent de ce que j’ai toujours connu. Je demeure ravie de constater que partout les enfants ont soif d’apprendre et savent s’éveiller au monde qui les entoure, que ce soit par l’apprentissage académique ou par le contact à des choses qui les intriguent car leur sont inconnues.

6h20 : J’ai l’impression de me réveiller aux côtés d’OSS117, notre cher Hubert Bonisseur de la Bath : le muezzin de la Mosquée voisine vient de hurler dans mes oreilles et c’est désormais un concert de cloches qui fait trembler mes murs. Je m’habille rapidement et descends dans la cour de la paroisse.

 

Mosquée et Cathédrale Sherpas ecole Benin

Le matin, pas de grasse matinée ! Il faut bien profiter avant que la chaleur ne rende les corps moites et paresseux. Une quinzaine de mamas entonnent le 2e chant de leur répertoire, en cœur. Trois femmes passent le balai-feuilles-de-palmiers dans la cour. À quoi bon ? me dis-je. Leurs gestes soulèvent un mélange de poussière, de terre battue et de particules urbaines qui vient se déposer quelques centimètres plus loin. Une vieille dame m’interpelle « Ma fille, vient goûter mes bananes », c’est ce que j’en comprends, le français est peu assuré. Elle n’a plus que quelques dents mais ses rides m’offrent un sourire radieux. Ravie, j’entame une conversation et remercie Dieu/laScience/leHasard de nous avoir fait créatures capables de se comprendre en quelques gestes. Merveilleux langage universel ! On finit par me proposer, après m’avoir chambrée de dormir si tard, d’assister à la seconde messe du matin. On ne m’avait pas prévenue que l’office était « en langue », je profite donc simplement avec les yeux, en contemplant le spectacle des pagnes colorés.

7h30 : Hier, Monsieur le Directeur de l’école primaire m’a proposé de passer voir comment fonctionne sa merveilleuse maison. Je me poste donc devant la grille. Les enfants arrivent souvent à 4 sur des motos, derrière un papa en blouse bleue, l’uniforme des zems, ces taxis motos qui vous emmèneront partout, y compris si vous transportez un cochon entier vivant (véridique). Leurs tenues tranchent avec celles des routes poussiéreuses. Chaque écolier du pays porte un uniforme marron ; il est d’une autre couleur pour les écoles privées. Certains sont intrigués de me voir (je suis la seule blanche à des kilomètres à la ronde). D’autres, avec qui j’ai joué la veille, me reconnaissent et hurlent mon prénom avant d’entonner le chant que je leur ai appris.

Sherpas Ecole Benin Jeunes sur Scooter

Moi qui voulais une visite discrète, me voici la bête de foire au milieu d’un joyeux tintamare ! Les enfants se collent contre les grilles en me servant des sourires et des hurlements : « yovo yovo bonsoir » (« yovo » signifie « le blanc ». Racisme ? Point du tout, je suis blanche, et c’est bien étonnant de voir ça devant l’école !). Je remarque que mon appareil photo semble bien les intéresser et décide de le ranger, je n’ai pas envie de jouer la pop-star devant les enseignants.

Sherpas ecole beninoise jeunes travail

8h : Les élèves rejoignent leur classe et j’en profite pour échanger avec les femmes qui se trouvent devant la grille, munies de grands cabas et de boîtes hermétiques. Elles se sont levées à 3h30 pour préparer à manger et vont attendre la sortie des élèves pour leur vendre une assiette de riz ou des beignets frits. Si tous sont pauvres, la nourriture ne coûte presque rien et tous les enfants ont quelques francs dans leurs poches.

Le directeur arrive en retard et m’accueille en me serrant la main. Ses élèves de CM2 sont déjà assis à leur pupitre et je rentre avec lui. Il décide qu’il a envie de me montrer un cours de sport et impose à ceux qui avaient commencé à travailler de s’arrêter. Dans la cour, les CP1 (le CP se fait en 2 cycles) sont déjà en tenue de sport. Changement de programme ! Leur institutrice devra reporter sa séance à plus tard : les CP1 seront donc en balayage pendant que les CM2 feront sport. Balay-quoi ? Je vous entends déjà !

Ecole beninoise eleves passant Balai

Figurez-vous qu’à tour de rôle, les élèves se courbent et ratissent la cour après que chacun a nonchalamment jeté par terre tous les emballages plastiques imaginables (absence de service public oblige : il n’y a pas de poubelle alors on fait des tas d’ordures sur le côté, qui seront ensuite brûlés). Balayage de poussière encore plus dérisoire que celui de la cour de la paroisse ; la cour de l’école n’accueillant que de la terre battue. Les CM2 se changent. Chaque élève a un T-shirt bleu spécial pour le sport, ainsi qu’un bandana. Il en existe de 4 couleurs et ceux-ci permettent de faire les équipes pour les jeux (ou plutôt les lignes pour l’entraînement militaire). Serais-je mauvaise langue ?

Ecole beninoise eleves sport

Les élèves commencent par s’aligner et doivent effectuer un mouvement d’ensemble, en vérifiant qu’ils sont bien à une longueur de bras de leur voisin de devant. La mise en place prend 10 minutes. Le Directeur rêvasse, semble ne pas être satisfait du placement. Il prend son temps. Les jeunes entonnent un chant sur l’effort et la persévérance puis se retrouvent à faire des tours de cour, bien en carré. Il fait déjà 30°C, le Directeur tape dans les mains pour leur faire faire à tour de rôle le canard, un petit saut, changez de sens, non pas comme ça on recommence, et retombe dans ses rêveries, oubliant les perles de sueurs qui perlent sur les fronts. Il me souffle de prendre des photos. Je lui propose un jeu, pour faire du sport en s’amusant. Après quelques essais, ça n’est peut-être pas assez discipliné… On finit par une photo de groupe, puis un selfie avec le Directeur (pour What’zzzzzaaap). Je les laisse regagner leur classe, un peu confuse pour la maîtresse de CP.

10h : C’est la récré ! Je me mets volontairement en retrait pour ne pas faire tourner l’école autour de moi. Effort vain, ma couleur de peau n’a toujours pas changé, mais je persiste et ne bouge pas. Certains enfants se vendent des petits beignets, d’autres jouent, les filous cherchent des bêtises à manigancer.

Ecole beninoise récré

10h30 : La maîtresse de CE2 m’a autorisée à venir dans sa classe. On commence par une leçon de mathématiques. Sa voix est ferme, les élèves attentifs dès qu’elle monte le ton. Elle les tient à la baguette ! Dommage que les enfants aient déjà croisé un blanc, ils me réclament des stylos et des cahiers, mon prédécesseur généreux ne m’a pas rendu service… Mireille écrit des lignes de calcul au tableau. Interroge les élèves. « Anselme ! 13 + 8 ? ». Anselme cherche ses chaussures sous le banc de bois, les plus belles qu’il ait mais il préfère être pieds nus, sauf qu’à l’école, ce n’est pas très correct. Il se lève, racle légèrement sa gorge. « Egal (pause) 21 ». S’assoit. « Martine ! »… et au suivant !

Après les maths, cours de géo. Génial ! La leçon est déjà inscrite au tableau, avec de jolies couleurs et la belle écriture de la maîtresse. Les élèves recopient les phrases qui distinguent les 3 climats du Bénin, selon le Nord, le Centre, et le Sud du pays, pendant que l’enseignante s’éclipse. Les deux garçons près de moi ont fini, et je leur demande quel climat il fait à Porto Novo. La ville borde l’océan, on ne peut pas faire plus au Sud. La réponse ne se fait pas attendre. « Il existe trrrois types de climat dans la Rrrrépublique du Bénin. Le climat tropical, le climat … ». Dommage pour le côté « machine », mais ces élèves sont de vraies éponges !

Ecole beninoise tableau noir

11h30 : Le Directeur vient me chercher. Il meurt d’envie de me montrer son bureau. La pièce est assez large, équipée d’un ventilateur, d’un imposant bureau et d’un tableau qui retrace les effectifs et les rôles de chacun dans la gestion de l’école. Fier comme un Harpagon, il me parle de son cousin parti en France, où il rêve d’envoyer son fils aîné. Où est-il parti, je lui demande. Le cousin habite Aubervilliers, surprise ! C’est pourtant de quoi faire rêver toute une jeunesse africaine qui consomme des crèmes éclaircissantes de peau et écoute Céline Dion dans des boîtes de nuit baptisées « L’Elysée » ou « La Concorde ».

12h : La journée de classe se termine. Les enfants rentrent chez eux pour déjeuner. Certains m’attendent devant le bureau du Directeur et me font promettre de les faire jouer l’après-midi. Nombreux sont ceux qui travailleront avec leurs parents à la cuisine, au potager ou au commerce cet après-midi avant de revêtir de jolis pagnes pour le cours (je dis cours car il y a contrôles à la clé) de catéchisme. Le prêtre vient me chercher pour m’emmener déjeuner chez sa famille… Sans refus !

Eleves sourire ecole benin Sherpas

Victor Hugo disait :

« Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne ».

Tout est dit !

Lucie

Etudiante et passionnée d’éducation, je rêve d’une école de demain performante et juste, qui donne les moyens à chacun de se réaliser. Avec les Sherpas, je fais ma petite part du colibri.

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