Salle de classe française

Le système scolaire français en 10 VRAI / FAUX

On accumule souvent des préjugés et idées reçues sur le système scolaire français. Nous avons pris le temps de démêler, le vrai faux ! Début de réflexion…

1. Les profs sont tous des fainéants

FAUX et ARCHI-FAUX

Les profs servent de punching-ball. Certains élèves s’y défoulent : c’est toujours agréable d’avoir quelqu’un à critiquer, surtout lorsque l’on n’a soi-même pas fourni le travail le plus exemplaire (temps passé, persévérance, attitude en classe…). Les adultes, eux, déportent toutes les frustrations qu’ils ont identifiées dans le monde du travail. « Les profs ne travaillent que 18h par semaine. J’en suis au moins à 50 ! », « Les profs sont tout le temps en vacances », « Les profs n’ont qu’à travailler une première année et ensuite ils ressortent les mêmes cours jusqu’à-ce-que-la-mort-les-sépare (des cours) », « Les profs ne lisent jamais les copies »… Les pauvres enseignants consciencieux doivent avoir les oreilles qui sifflent bien fort, agressées et malmenées comme elles sont !

Certes, il y a bien Monsieur Hagelstein, le prof d’espagnol (tout aussi improbable que cela puisse paraître), qui plante ses élèves devant des films et dispense les mêmes contrôles-QCM depuis 25 ans avant d’entamer une bonne partie de pêche (un sacré personnage tout de même…). Ou Madame Fresnel, qui sera le Jeudi 31 mars la première dans l’avion pour ses 4ème vacances de l’année, (les élèves peuvent bien faire une heure de perm’…) après avoir laissé soin aux délégués de répartir à la classe les exposés qui occuperont les 3 prochaines semaines de cours.

Mais ce serait oublier la large majorité silencieuse. Ce serait omettre tous ces enseignants qui voient en la transmission une mission, et qui se battent au quotidien pour que leurs élèves progressent. Ce sont eux les dignes héritiers des instituteurs, qui allaient dispenser le savoir dans les contrées les plus réculées au début du siècle dernier. Ces professeurs sont le fer de lance de l’éducation, ils sont sur la ligne de front de la lutte contre la reproduction sociale, pour permettre à chacun d’avoir une pensée libre et autonome. Ce sont eux qui s’illuminent lorsqu’un élève comprend, ce sont encore eux qui ne comptent plus le nombre d’heures passées à préparer leurs cours, ce sont évidement eux qui restent lorsque la sonnerie retentit pour répondre longuement aux questions, et ce sont toujours eux qui annotent chaque copie et corrigent parfois jusqu’à l’insomnie. Seuls contre tous, ils affrontent vaillamment une armée de petits gnomes devant lesquels il faut à tout prix s’affirmer pour mériter leur respect. Quelle énergie folle à dépenser : L’enseignement tient davantage de la vocation que de la simple profession !

Systeme Scolaire Hero

Et tout ceci pour un salaire bien modeste. Alors que nous pouvons tous nous souvenirs d’au moins un professeur exceptionnel qui nous a marqué durant nos jeunes années, les salaires de nos enseignants sont largement inférieurs à ceux de professions nécéssitant un niveau de qualification semblable, et ils sont aussi inférieurs à ceux pratiqués chez nos voisins.
Ce n’est pas parce que l’éducation est gratuite (en France), qu’elle n’a pas un coût et qu’enseigner n’est pas un travail exigeant !

Aujourd’hui, le métier d’enseignant souffre d’un manque de valorisation provoqué par de graves erreurs:  Depuis de nombreuses années, nos politiques, à force de démagogie et de solutions de facilité ont rabotté l’exigence des programmes. L’impératif d’excellence pour tous et d’égalité républicaine a été mis de côté, au profit d’un nivellement par le bas. Par une telle politique, on a condamné les classe populaires et moyennes à une éducation de moins bonne qualité, quand les populations aisées ont les moyens de compenser. Les vocations sont aussi découragées par un manque de reconnaissance sociale et financière prégnant, qui a nécessairement provoqué un affaissement des candidatures et de la qualité des recrutements, notamment au primaire et dans le secondaire.

Nos enseignants ne sont pas fainéants, on leur a simplement savonné la planche. Pourtant, miser sur notre système scolaire est une nécessité et doit être une priorité: cela revient à miser sur notre jeunesse et donc sur notre avenir. Comment changer ? Ce sera le sujet d’un prochain article !

2. L’école et le digital sont incompatibles

FAUX

Pour poursuivre ce V/F, j’aurais pu répondre par « VRAI » aux deux affirmations suivantes :

Le digital peut être une chance pour l’enseignement.
Le digital peut être dangereux pour l’enseignement.
Le digital pénètre peu à peu le traditionnellement hermétique domaine de l’éducation. Nombreuses sont les start-ups et groupes spécialisés qui proposent des outils astucieux pour accompagner l’éducation. Pourtant, les freins à la digitalisation de l’école sont nombreux.

L’Éducation Nationale est naturellement frileuse aux expérimentations, si l’intention est louable, il s’agit de protéger nos enfants, on peut souvent constater que par peur de la nouveauté, et sous couvert du principe de précaution, rien ne se produit, rien ne change. Par conséquent, les enseignants, surtout âgés, n’ont encore été que très peu formés. Et les équipements déjà à disposition, comme les moyens prévus ne sont pas non plus à la hauteur d’une massification de l’usage du digital dans les établissements.

Nombreux sont donc les projets qui se tournent alors vers les parents, mais pour s’assurer des revenus (on ne parle même pas de profits), les entreprises doivent trouver un public solvable. Elles sont donc rationnellement contraintes de proposer avant tout des services à des publics aisés, peu ouverts au changement, ce qui étouffe souvent de possibles avancées et tire vers le bas l’ensemble du marché.

A group of people brainstorming over a laptop and sheets of paper

Pourtant, on peut créer une liste de points positifs longue comme les rapports de l’Education Nationale pour défendre tous les atouts d’une association de l’Enseignement au Numérique. Des supports ludiques peuvent aujourd’hui permettre une individualisation de l’enseignement, adaptée aux progrès et aux difficultés de chacun, par exemple avec de l’intelligence artificielle et du machine learning. Les élèves peuvent gagner en autonomie, et leurs résultats peuvent devenir facilement exploitables pour les enseignants, qui pourront alors s’en servir pour améliorer à la fois leurs cours et leur suivi. Lorsque l’on sait que 40% des élèves quittent le primaire avec d’importantes lacunes, il est évident qu’il y a de formidables opportunités à explorer !

Tout l’enjeu est de bien saisir que le numérique n’a pas pour vocation de remplacer les professeurs. Le rôle de l’enseignant est clé : il explique, accompagne l’apprentissage, et suit les évolutions de l’élève. En aucun cas le digital ne peut se suffire à lui-même, notamment car un jeune public aura des difficultés à se discipliner, seul face à un écran.

Il est tellement important d’apprendre à écrire, à raturer, à gribouiller au brouillon pour ordonner ses idées. À échanger à l’oral aussi ! L’apprentissage digital doit s’inscrire dans un scénario pédagogique bien construit et ne consiste pas en une livraison de tablettes magiques (abracadabra) et d’activités qui ne s’articulent pas (allez chacun choisit son jeu : calcul ? langue des signes ? coloriage ? occupez-vous !). Quitte à être entré dans une époque où les jeunes passent chez eux un temps croissant devant les écrans, pourquoi ne pas simplement encourager à dédier une partie de ce temps à des activités pédagogiques ludiques et pleines de découvertes ? Apprendre est une aventure !

3. Les matières et les enseignements sont devenus obsolètes

(VRAI pour vous faire plaisir – et) FAUX

Un point pour vous, si vous vous demandez pourquoi on apprend encore à l’école le détail de la vie de la tribu Duchmol au temps de l’âge d’un métal dont vous avez oublié le nom. Ou si vous vous dîtes que vous avez perdu du temps en apprenant à poser des divisions : oui, ce sera oublié 1 an après, et vous avez une calculette sur votre téléphone.

Mais quel dommage d’être dépendant d’autre chose que de sa propre cervelle ! Pour commencer, c’est intéressant de savoir tout ça. Nous apprenons à l’école des choses qui éveillent notre curiosité, nous ouvrent au monde en nous montrant qu’il existe d’autres façons de vivre, de penser, de résoudre des problèmes.

Surtout, même si l’information se trouve aujourd’hui à portée de clic, ne pas apprendre les bases (et ne pas aller plus loin) empêche de pouvoir correctement discerner le vrai du faux, ou encore de prioriser. Sans apprentissage de connaissances, nous serions dépendant de ces algorithmes de recherches, et donc de ceux qui écrivent ces contenus, et de ceux qui nous permettent de les trouver. Ce serait une porte ouverte à une propagande de masse insidieuse. On aura fait mieux comme prétendue libération…

L’important, et je vous invite sur ce point à consulter notre article dédié aux éducations alternatives, est d’apprendre à apprendre, pour pouvoir s’adapter, être autonome et libre. L’essentiel n’est pas ce qui va rester, mais de rendre notre personne réceptive aux apprentissages de la vie.

4. « Va en S ma chérie, c’est la voie royale » / « Sois fort en maths mon fils, sinon tu n’iras nulle part »

FAUX (selon les profs), (plutôt) VRAI (dans la pratique)

Dès le primaire, on doit se confronter aux fameux « problèmes ». Pourquoi est-ce que le carré est carré ? Mais parce qu’on voit bien que c’est un carré ! Mauvaise réponse… La baignoire fuit de 20cl à la minute, alors que le robinet verse 224,3L en 5 minutes, quand la baignoire sera-t-elle pleine, sachant qu’il est précisèment 3h47 ? Mais qui prend un bain à cette heure-là ? Pourquoi pratiquer la torture dès le plus jeune âge ?

Et malgré ces exercices iniques, Vos parents vous ont répété que sans les maths, point de salut, et que de toute façon vous iriez dans telle école, parce que … c’est comme ça ! « Mais papa, je veux être journaliste ! » « Très bien mon fils, va en S et on verra après ». Ledit père, à court d’arguments, vous aura finalement expliqué que pour être journaliste il faut savoir bien compter le nombre de lignes qu’on écrit et gérer sa comptabilité (vous aviez déjà épuisé toutes les questions sur la logique de son entêtement). De l’autre côté, vous avez cette super-prof-de-français-super-intelligente-super-épanouie qui vous affirme que vous trouverez votre voie, que vous êtes doué(e), et que tout ira bien.

Choix cornélien que l’orientation. Les filières professionnalisantes dispensent des formations de qualités et qui sont souvent très pertinentes pour les élèves auxquelles elles correspondent. Ceux qui s’entêtent dans des « voix royales » malgré un réel manque d’intérêt, de profondes lacunes ou un décalage avec le projet de vie risquent de vivre une scolarité éprouvante. Manque de motivation, difficultés, nécessité de réorientation… Ceux qui vont jusqu’au bout finiront souvent par se reconvertir après quelques expériences professionnelles peu concluantes et peu épanouissantes. Pourtant, les chiffres laissent perplexes. Dans les Grandes Ecoles de Commerces comme HEC, l’ESCP ou l’Essec, environ 60% des élèves ont suivi la filière S, et seulement 15% viennent de L. Mais dites donc, « Ecole de commerce », ça ressemble un peu à « Bac ES » avec des sciences éco non ?  En pratique, les bons lycéens s’orientent très souvent en S (c’est par exemple le cas de plus de 50% de ceux qui suivent l’option latin-grec, censés être plutôt littéraires que scientifiques), « pour se laisser des portes ouvertes ». La voie pour s’épanouir, on la conseille volontiers aux autres, mais on a du mal à la choisir pour soi-même…

les maths, voie royale?

5. L’école française est une championne de la reproduction des inégalités

VRAI

Malheureusement, et malgré toutes les mesures qui ont été mises en place (solide programme commun imposé à tous les élèves dès le plus jeune âge, répartition des établissements selon des zones prioritaires, allocation de moyens, réduction des effectifs, affectations renforcées), la France reste la championne de la reproduction sociale. Le rapport PISA de cette année distingue 8% d’élèves « très performants », 21% d’élèves « performants » (on est plutôt au-dessus de nos voisins !) … mais 22% d’élèves « en difficulté ». L’écart entre les acquis est donc important et l’OCDE relève que « le milieu socio-économique explique en France plus de 20% de la performance obtenue par les élèves de 15 ans » lors du test de compétence qui leur est soumis.
En somme, 40% des élèves issus d’un milieu défavorisé sont en difficulté, contre 5% des élèves de milieu favorisé.

Les causes sont multiples : l’éducation familiale joue, tout comme le regroupement géographique d’élèves d’un même milieu social (notamment à cause des effets indésirés de la carte scolaire), avec des encouragements à l’ambition différents. Le défaut d’une politique ambitieuse d’intégration sociale des jeunes issus de l’immigration, les condamne à des scores constatés au test bien inférieurs à la moyenne.

Rappelons cependant que ce n’est pas à l’école de réduire toutes les inégalités sociales ! Et le concept de lutte des classes est aujourd’hui dépassé. Les chiffres témoignent d’une très forte reproduction des inégalités sociale mais celle-ci n’est pas l’unique fait de l’école, mais bien de la structure de notre société. Enfin, l’école dispense des enseignements mais ne peut se substituer à l’éducation générale. Les professeurs, même s’ils ont pour mission de procurer aux jeunes un enseignement égal et équitable, ne peuvent pas jouer le rôle des parents et des familles dans l’éducation, et cela, on l’oublie souvent.

6. Les français sont nuls en langues

VRAI (sauf en français… et encore !)

Selon l’Observatoire Français des Niveaux de Langue, mis en place par l’institution ETS, seulement 28% des élèves atteignent le niveau d’anglais visé dans les programmes de terminale. Quand les pays nordiques diffusent tous leurs films en VO dès l’âge des dessins animés, nous affichons des publicités dans le métro pour des petits cours particuliers. Wall Street English propose ainsi de déchiffrer « Ail âme ze best » et « Douille housse pic English ? ». Révélateur, non ? Pourtant, avoir un bon niveau en langues est essentiel pour voyager, et voyager est essentiel pour s’enrichir de la plus belle façon qui soit.

7. Plus de diplômes pour un meilleur travail

FAUX

Quoiqu’on en dise, les diplômes restent dans les faits garants de notre insertion professionnelle. Sauf à connaître Catherine, dont la cousine fait des cours de yoga avec la femme du PDG d’une société d’import-export spécialisée en conditionnements de matériaux innovants dédiés au bâtiment (le hasard fait bien les choses quand même), vous n’irez sans doute pas très loin avec votre plus sincère « Je vous garantis ma réelle motivation pour ce poste » assortie du sourire de Shakira. Pourtant, l’inflation scolaire et la surenchère des diplômes sont insensées. Si les qualifications sont un « must-have », la course aux lignes sur le CV ne suffit plus. Rien ne vaut une solide recommandation et des tâches bien accomplies lors des précédentes missions. Nous restons des êtres humains et les opportunités peuvent être saisies à coup de rencontres, de reconnaissance et de persévérance. Reste que pour se lancer, il faut quand même avoir un premier diplôme (ou connaître Catherine).

8. C’était mieux avant

VRAI… et FAUX

Les profs le répètent « Vous êtes de plus en plus nuls », « Vous êtes en 1eS : faites un effort ; avant, les vecteurs, c’était au programme de Seconde Générale ». Et les enquêtes corroborent ces ressentis : le niveau des jeunes d’une même classe d’âge dans les tests diminue. Pourtant, ne faudrait-il pas se dire que les jeunes savent… autre chose ? Et valoriser ces savoirs et savoir-faire ? Certes le niveau a baissé, mais qui en est le responsable ? L’élève ? Les parents ? Les profs ? L’école ? Les politiques ? Les réseaux sociaux ? La vie en mode « zapping » ? Combien de propositions pourrions-nous encore faire ? Probablement beaucoup, et cela révèle que les temps et les gens ont changé. Le niveau baisse mais la nostalgie ne peut constituer un palliatif crédible. D’autant que cette tendance n’est pas du tout une spécificité française. Partons de ces bouleversements et éduquons les jeunes. Plutôt que d’appliquer de vieilles recettes, aidons les à se réaliser et à acquérir les moyens de penser et d’agir intelligemment, dans un monde qui a lui aussi changé.

L'école, c'était mieux avant ?

9. Le tout nouveau Ministre de l’Education Nationale commence par faire une réforme

…qui portera son nom !

Tadam ! Une belle façon de rentrer dans l’histoire et dans les manuels (jeu de mots comme on parle d’éducation, habile !), sauf que ladite réforme finit souvent en vindicte populaire où les profs font la grève et les lycéens trop contents en profitent pour sortir faire du tam-tam sur les poubelles de la cantine devant le parvis. C’est quand même excitant la politique !

10. L’école est une chance

VRAI

Quoi de plus joli que de finir sur cette vérité ?

L'école est une chance?

L’école reste un lieu d’apprentissages riches et variés. On y apprend à lire et à compter. On y apprend à s’y faire des amis et à se développer. On y apprend à avoir des idées, à les partager, à les mettre à épreuve, et à recueillir celles des autres. Malgré ses très grandes imperfections, le système éducatif français, si particulier, présente aussi des qualités. On y apprend les rencontres, de personnes et d’idées. Même si on y vit aussi quelques punitions, râteaux, et autres mauvaises notes, il reste accessible à tous, et cela n’a pas de prix ! Une bonne école pour la vie ?

Lucie

Etudiante et passionnée d’éducation, je rêve d’une école de demain performante et juste, qui donne les moyens à chacun de se réaliser. Avec les Sherpas, je fais ma petite part du colibri.

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